Partie 3 : Argo Navis! Les Armures du
Destin
Chapitre 8 : Towa ni, chi no nagare... - Les fleuves de sang éternels...
Azura.
Le Monde des Carnages.
Dans le bouddhisme, surnommé le monde au combat sans fin.
Dans la mythologie nordique, ce lieu pourrait être le banquet des Dieux...
Terre calcinée par les flammes du combat, de la guerre, condamnée à être
abreuvée éternellement de sang et de cadavres. Aucune construction n'est
intacte, à l'exception de la forteresse d'Arès, trônant fièrement au coeur de
ce charnier sanglant. Illustration parfaite de la dualité humaine, construisant
maintes forteresses toujours plus hautes et plus résistantes pour le combat, et
les détruisant par le combat.
Le lieu que même les Dieux avaient maudit et où maintenant les esprits
guerriers affluaient voit désormais son seigneur, le démoniaque Arès opposé à
la divine Athéna.
Une nouvelle fois ce lieu d'apocalypse va être le théâtre de conflits sans
merci, et pourtant l'atmosphère de haine et de mort omniprésente qui étouffait
cet endroit jusqu'à présent semble s'être estompée, par la lueur d'une seule
étoile, narguant les ténèbres.
Cette étoile de lumière est bien le Sceptre d'Athéna, opposant toute sa
puissance au cosmos haineux d'Arès.
Le conflit des Dieux a déjà commencé.
Et il annihile toute influence divine dans l'enceinte du royaume d'Azura,
permettant aux pions de se déplacer librement sur le terrain de cette partie
d'échecs divine...
Le Roi et la Reine blanche se déplacent vers la Tour du Roi Noir, entouré
de ses deux Cavaliers et de ses deux Fous... Ainsi que du Destrier de
l'Erebe...
Maintenant place à la plus meurtrière bataille de cette guerre...
Une ombre drapée dans une cape de nuit s'adosse au sommet
d'une colline à un arbre mort, observant de loin le terrain de combat qu'est
Azura. Sur ce même champ de ruines, les légions de Berserkers se déplacent,
partant à l'attaque.
"Les
simples pions vont entrer en jeu également... Voila qui est
intéressant..."
Un sourire se dessine sur son visage alors qu'il voit une
étoile dorée partir de l'horizon vers le ciel rougeoyant d'Azura.
"Alors
nous y voila..."
Alors que cette pensée traverse l'esprit de l'être à l'armure
et à la cape de nuit, l'étoile filante se scinde en onze fragments se dirigeant
chacun vers une direction différente...
"Ils se
sont décidés à les utiliser... Mais cette fois cela ne suffira pas... Le Roi
Noir lui même va entrer en action..."
C'est un regard presque amusé qu'il lance vers la
forteresse, comme si les évènements à venir n'étaient qu'une formalité, comme
si cette guerre au fond n'avait qu'une importance secondaire.
"Il va
être de nouveau temps pour moi de changer l'équilibre de cette guerre..."
Quelques instants auparavant, un autre évènement se
déroulait...
Deux silhouettes se confrontent, si rapides et vives qu'un
humain ordinaire croirait ne voir que deux ombres aux formes d'animaux
mythologiques, se livrer à une chasse mutuelle. Tantot se rapprochant, puis se
séparant l'instant suivant. L'un est un dragon aussi sanglant que le ciel
d'Azura, l'autre un tigre, vif et majestueux. Leurs énergies s'opposent, tel le
yin et le yang.
Soudain, chacun des deux cesse simultanément l'attaque,
réalisant au même instant cette vérité : cette simple confrontation ne
permettra pas de rompre l'équilibre.
Les silhouettes se révèlent enfin. L'un est vêtu d'une
majestueuse armure dorée, brillant de mille feus, parée de diverses
excroissances sous la forme d'accessoires. Ses cheveux noirs sont l'espace d'un
instant secoués par le vent soufflant sur ce royaume de désolation. Sa posture
est calme, mais son regard indique clairement qu'il sonde son adversaire. Il
s'agit de Dohko de la Balance.
L'autre est paré d'une armure non moins majestueuse, mais
possédant un éclat sanglant macabre, reflétant les flammes de la destruction
autour du guerrier, ornée de gravures funestes évoquant un dragon. Son visage
est presque totalement masqué par son casque, qui dissimule jusqu'à son regard,
mais on devine ses longs cheveux noirs comme les ténèbres. Sa position est
menaçante, mais défensive également, il s'agit de la position permettant au
samouraï d'être à la fois prêt à la défense et à l'attaque. Les deux lames
dégainées du Berserker au deux katanas sont prêtes à agir.
Chacun le sait, et sait également qu'il faudra user d'une
stratégie et d'une puissance bien supérieure pour vaincre.
Le même regard, prudent et méfiant à la fois est échangé.
Soudain, enfin le changement. Le guerrier d'Arès laisse un
sourire carnassier se révéler, alors qu'une étincelle rouge se devine dans son
regard. L'instant qui suit, un hurlement bestial. Pourtant, le Chevalier d'Or
ne réagit pas, gardant les yeux fermés et une attitude passive. Car ce n'est
pas à sa vue qu'il se fie pour évaluer le mouvement du Berserker. En une
fraction de seconde, la lame du Berserker touche le Chevalier d'Or, et le
traverse...
Le Berserker réalise alors que ce n'est que le vide qu'il a
touché, son adversaire ayant esquivé la charge d'un simple pas de coté. D'un
mouvement rapide de la jambe, le Berserker tourne sur lui-même, conservant son
élan, et le redirigeant sur son adversaire, renouvellant sa charge.
Cette fois l'arme atteint enfin quelque chose de solide. Le
choc du métal contre le métal. La furie se dissipant, le Berserker réalise que
le coup a frappé un des boucliers ornant l'armure d'or qu'il porte.
Dohko comprend également que l'assaut ne s'arrête pas ici,
sentant la puissance du Berserker se propager dans la lame de l'arme de mort
qu'il brandit.
"Quelque
chose va atteindre son point de rupture...!"
A l'instant où l'esprit clairvoyant du Chevalier de la
Balance formule cette pensée, un craquement se fait entendre. Ecarquillant les
yeux, Dohko réalise que son bouclier va céder s'il ne se dégage pas
immédiatement.
Dans un effort presque à la limite de ses forces, Dohko
effectue un déplacement sur le coté, laissant l'énergie déployée par le
Berserker se libérer dans le vide.
Enfin l'assaut cesse.
Dohko continue à observer calmement son adversaire, mais
intérieurement il sent le trouble le gagner.
"Akaryu...
Le Dragon rouge... Tu es bel et bien mon adversaire désigné dans cette
guerre... L'adversaire du Tigre et du Dragon d'eau... Le dragon
destructeur..."
(Akaryu) -"Alors
Chevalier... Cet échauffement te convient-il ?"
Le Berserker vient de provoquer son adversaire, révélant à
nouveau ses lames. Contemplant l'arme, Dohko constate une chose. Si son
bouclier arbore désormais une entaille, la lame du katana de son adversaire est
loin d'être indemne.
(Dohko) -"Alors
c'est cela la force des Maîtres d'Armes... Et vos armes en gammanium pur sont
véritablement terrifiantes... Mais elles ne sont pas invincibles."
(Akaryu) -"Tu
peux t'estimer heureux de posséder les Armes de la Balance, Chevalier... Et
dans le fond, nous nous ressemblons... Vous autres Chevaliers n'hésitez pas
malgré tous vos beaux discours à recourir à des armes aussi dangereuses..."
La provocation se lit clairement dans ces mots acides.
(Dohko) -"J'ai
bien peur que dans cette guerre, même si je le répugne, ne pas les utiliser
revienne à vous donner la victoire... Et cela, nous ne pouvons le
permettre..."
"Hin! Tu crois vraiment que les Berserkers ne comptent
que sur cela pour gagner ?"
C'est le mépris qui se lit à travers ces mots lancés au
Chevalier d'Or.
"Toute la beauté d'un combat se révele lorsque le duelliste a une maîtrise parfaite de son arme. Et non seulement de son arme, mais aussi de son corps..."
Une nouvelle fois le guerrier se met en garde, prêt à
frapper, son cosmos sanglant l'auréolant.
(Dohko) -"Le combat est donc la seule chose sur
Terre qui compte pour toi..."
Plaçant ses deux armes de mort dans une position préparant
l'offensive, l'une devant lui, l'autre derrière, son cosmos explose d'un coup.
"Goûte donc à la combinaison ultime... LA PERFECTION DE
L'ARME ET DU CORPS REUNIS!!!!"
L'aura du dragon rouge l'enveloppa totalement, l'encerclant,
la gueule menaçante du monstre faisant face à Dohko.
"DRAGON
BLADES TORNADO!!!!!!!!"
L'éclair de furie enflamma son regard, alors qu'il poussait
un hurlement comparable au rugissement du dragon se ruant tel une tornade sur
le Chevalier de la Balance. Le déploiement d'énergie était d'une violence rare,
déchirant la terre et l'air en une vagues de lames de vide meurtrières.
A l'instant où les machoires du Dragon rouge allaient se
refermer sur le Chevalier de la Balance, ce dernier était encore en position
passive. Une proie facile. Trop facile. Mais ce concept ne fait pas partie de
l'esprit du Berserker à cet instant.
A l'ultime instant, Dohko bondit enfin, au dessus de l'oeil
du cyclone formé par l'attaque de son adversaire, et déclenche son attaque. Son
poing droit se ramène en arrière, auréolé d'énergie pure, tandis que son poing
gauche s'abaisse en dessous du niveau du coeur...
"PAR
LA COLERE DU DRAGON!!!"
Libérant la totalité de l'énergie emprisonnée dans son poing
droit sur son adversaire.
Un concept simple, pour contrer un déploiement d'énergie
incontrôlable, il faut lui opposer la même quantité d'énergie.
Une règle extrêmement simple, mais à laquelle nul ne peut se
soustraire. Eventrant de l'intérieur la tornade du Berserker, la formidable
énergie déployée par Dohko, matérialisée par le majestueux Dragon, frappe le
Berserker de plein fouet. Ce dernier est dans un état second, totalement
concentré sur son attaque, percevant à peine le déploiement d'énergie de son
ennemi qui fond sur lui en une fraction de seconde.
Il est englouti par l'attaque l'espace d'un instant, sa
silhouette disparaissant au coeur de la vague d'énergie fabuleuse...
Pour réapparaître toujours aussi vaillante, contenant cette
énergie d'une main. Si le geste semble en lui-même extraordinaire, le Berserker
sait qu'il a eu une chance insensée. Sa main tremble sous l'effort de retenir
une telle énergie, et il sait également qu'elle explosera s'il tente de la
garder en main. Confirmant ses craintes, une part de l'énergie échappe de sa
main, et le frappe au visage, projetant son casque au sol dans un tintement
métallique. A la fois poussé par l'énergie envoyée contre lui et par son
mouvement de recul, il laisse l'énergie s'échapper de sa main pour mourir
derrière lui. Contemplant sa main droite un bref instant, il constate que son
armure a été fissurée, et que le métal fume encore.
"Je
vois... De l'énergie pure, projetée dans une seule direction... Pour frapper un
seul point... Tellement simple mais pourtant efficace..."
De nouveau, les deux guerriers sont face à face. L'assaut
s'est fini par un match nul, prouvant ainsi à l'autre l'existence de ressources
insoupçonnées. Cette fois le visage sévère du Berserker est révélé, confirmant
au Chevalier de la Balance les origines du guerrier à l'armure rouge.
Lui aussi est originaire de Chine, ses traits ne laissent
aucun doute là dessus. Ses yeux bridés fixent l'adversaire avec méfiance,
recelant une lueur de folie meurtrière contenue. Sa longue chevelure noire est
ramenée en arrière, dégageant totalement son front, et nouée à l'arrière de sa
nuque, laissant une rivière d'ébène descendre dans son dos. Plus que jamais,
Akaryu ressemblait au Samouraï invincible qu'il prétendait incarner.
Et face à cela, face au guerrier d'Arès se tient un homme
parfaitement calme et maître de lui même. Un homme dont la raison de combattre
est entièrement différente, mais dont la volonté est également sans faille.
(Dohko) -"Il
y a une chose que j'aimerais te demander... Tu as dit nous ressembler... Mais
toi... Pour quelle raison te bats-tu aux ordres d'Arès ?"
Les traits du Berserker, jusque là froids et implacables, se
muèrent en un masque de mépris.
(Akaryu) -"La
raison est évidente... Dans un monde en paix, dis-moi, Chevalier..."
A mesure qu'il parle, son poing se crispe, tremblant d'une
fureur de plus en plus difficilement contenue. L'aura rouge sang l'enveloppe à
nouveau, prête à exploser.
"DIS-MOI QUELLE PLACE IL RESTE A UN SOLDAT ?! QUELLE
PLACE RESTE-T-IL A CEUX QUI N'ONT RIEN D'AUTRE DANS LEUR VIE QUE LE COMBAT
?!"
Enfin toute la violence du guerrier explose, que ce soit une
violence physique ou verbale. Chacun de ces mots lachés avec une fureur
incommensurable voit son cosmos se libérer en une explosion de flammes, forçant
Dohko à se protéger le visage de la main droite.
-"J'ai été rejeté du Sanctuaire pour ma violence...
Alors que j'étais uniquement dédié au combat... Que c'était la seule chose qui
comptait pour moi sur cette Terre..."
Dohko laisse le Berserker continuer son monologue, perdu
dans ses pensées, comme déconnecté de la réalité...
"Renvoyé en Chine, j'ai erré longtemps... J'ai continué
à m'entraîner et à perfectionner ma technique... Puis j'ai trouvé le temple des
Berserkers... Là m'attendait l'Armure au Double Katana... Celle qui m'était
destinée, incarnant le Dragon Rouge dont je porte le nom! L'armure que je
porterais au combat le jour où Arès se réveillerait..."
Une nouvelle fois, à chaque mot qu'il prononce, son cosmos
croît, augmentant en aggressivité, comme s'il était sur le point de perdre tout
contrôle sur lui-même. Confirmant les craintes de Dohko, une lueur démoniaque,
rouge sang, illumine ses yeux jusque là noirs comme la nuit...
"... Et aujourd'hui ce jour est venu... Moi, le
samouraï dévoué à Arès, je vais pouvoir montrer au monde entier ma vraie valeur
de combattant! En garde Chevalier !!!! "DRAGON DEVIL CLAWS!!!!!"
Enfin l'énergie explose... A chaque mouvement des lames
fendant l'air, une onde de choc, une lame de vide fond sur le Chevalier de la
Balance, plus véloces encore que les précédentes attaques qu'il a déja
essuyées.
(Dohko) -"C'est... totalement
différent...!!!"
Surpris, Dohko ne peut que tenter une esquive désespérée.
Face à une telle attaque, fendant l'air face à lui, parer relève de
l'inconscience. Cela, le Chevalier en est conscient. Par conséquent l'unique
alternative est l'esquive par le haut. Cela correspond à une faute tactique
grave, laissant le corps totalement à découvert, mais encaisser l'attaque d'un
Berserker est une chose que même les Armures d'Or ne peuvent faire sans risquer
d'exploser en morceaux.
Un sourire d'assassin se dessine sur le visage du Berserker
alors qu'il voit son adversaire dans une position où toute défense est
impossible. En un éclair, les deux lames sont de nouveau prêtes à lacérer
l'air, le métal et la chair, alors qu'Akaryu adopte à nouveau sa position de
combat, prêt à bondir.
"DRAGON
BLADES TORNADO!!!!!!"
Une nouvelle fois la tornade de lames de vide se déchaîne
dans un éclair rouge sang. Le Berserker est persuadé, au plus profond de lui
même, sa conviction fanatique amplifiée par la fureur, que cette fois sa proie
ne lui échappera pas. Déja dans son esprit s'imprime la vision de son
adversaire pourfendu, soudain brisée par une sensation écrasante, celle de la
douleur, qui frappe le corps et remonte au cerveau comme une décharge,
paralysante. La transe dans laquelle il se trouvait est brisée, alors qu'il est
projeté au sol par le pied du Chevalier d'Or.
Son adversaire lui-même pose un genou au sol, epuisé par
l'effort d'avoir encaissé l'attaque. Diverses coupures ornent son visage, et le
plastron de l'armure de la Balance semble avoir souffert.
"Tu as commis une grave erreur, Akaryu... Tu croyais
m'abattre parce que je ne pouvais pas me défendre... Mais tu as oublié que tant
qu'un combattant peut contre attaquer, il reste dangereux..."
C'est la sagesse même qui parle par ces mots. Cela, Akaryu
lui-même malgré toute sa fierté, est capable de le comprendre. Il sait qu'à cet
instant, il ne doit pas laisser la fureur prendre le dessus sur lui, car les
mots du Chevalier de la Balance portent une vérité. A cet instant une sensation
étrange, un malaise s'éveille en lui. Quelque chose que son intuition de
combattant a perçu chez le Chevalier de la Balance.
"Tu n'as pas répondu à ma question, Chevalier... Si
vous atteigniez votre idéal de paix, que resterait-il pour les combattants
comme place en ce monde ? Ne deviendriez-vous pas des combattants identiques à
moi, totalement désoeuvrés et désemparés ?"
Dohko se sent lui même douter, à cette interrogation, mais
se ressaisit. Akaryu ne ment pas, ils sont tous les deux aussi dédiés au
combat, n'ayant qu'une différence, fondamentale... La raison de combattre.
-"Dans ce cas, pourquoi places-tu le combat au dessus
de tout dans ta vie ?"
-"Je te l'ai dit... C'est mon seul véritable talent...
Ma seule manière d'exister! Sans le combat, je ne suis plus rien... OSE ME DIRE
QUE TU N'ES PAS IDENTIQUE A MOI!"
Ces mots bien que prononcés avec violence ne font pas
fléchir le calme du Chevalier.
-"Et pourtant je suis différent. Car je possède
une raison de me battre qui dépasse les considérations de valeur personnelle...
Moi ainsi que tous les Chevaliers, nous nous dédions chaque instant au combat
pour la paix dans le monde... Peux-tu en dire autant, Berserker ? Sais-tu
seulement quelles sont les intentions d'Arès pour la Terre ?"
Surpris par la question, le guerrier s'apprête à répondre
avec son mépris habituel.
-"Je n'en ai rien à faire... Je te l'ai dit, seul le
combat m'importe... Arès me donne l'occasion d'exercer mon art, et c'est tout
ce que je lui demande... L'humanité peut aller au diable!"
-"Tu sembles avoir oublié quelque chose, Akaryu...
Contrairement à ce que tu crois, la paix n'est pas un état acquis, mais une
quête... C'est quelque chose que chacun doit construire chaque jour... Et c'est
pour cela que chacun a une place sur Terre, même les combattants... C'est pour
cette cause noble que tes talents pourraient trouver leur véritable
utilité!"
Le regard du Berserker change, affichant pour la première
fois l'incertitude, alors qu'il prend conscience de la vérité dans ces mots.
-"Quelque chose que l'humanité doit construire..."
Le Berserker semble hésiter un instant, frappé par les paroles
de Dohko. Déconcerté, la lame glisse de sa main droite, pour tomber au sol.
"Quelque
chose que... Mais..."
Soudain, comme si sa tête était frappée à la nuque,
traversée de part en part par une décharge d'énergie, Akaryu se raidit,
écarquillant les yeux, ses pupilles se dilatant, incapable d'émettre d'autres
sons qu'un gémissement, tandis qu'il tombe à genoux, la tête entre les mains.
Dohko ne peut que regarder impuissant le Berserker en proie
à des spasmes, incapable de soupçonner quel phénomène se déroule dans son
esprit.
-"Tu n'es
pas conçu pour avoir ce genre de sentiments..."
"N'oublie
jamais..."
"Tu n'es
qu'un outil pour sa majesté Arès..."
"ANEANTIS
TON ENNEMI!"
Une voix dans l'esprit d'Akaryu vient de prononcer ces mots,
d'une voix immatérielle, intangible, mais bien présente. Froide. Implacable.
-"...
N... Je ne te laisserai pas... prendre le dessus!!!"
Le conflit mental est visible sur son visage aux traits
tordus par une douleur invisible.
-"ANEANTIS!"
Une nouvelle fois ces mots de destruction s'imposent à son
esprit.
-"..."
"DETRUIS!"
"MASSACRE!"
Le même message est imprimé dans son esprit une nouvelle
fois, avec une insistance croissante.
-"... NON! JE NE
TE LAISSERAI PAS ME MANIPULER!"
C'est au tour du guerrier d'imposer sa volonté à son propre
corps, retenant avec effort la pulsion destructrice qui a profité de l'instant
de doute pour ressurgir.
"Annihiler
le doute... Je ne dois pas douter..."
Les traits d'Akaryu se détendent enfin, tandis qu'il se
relève, reprenant son arme en main. Ses traits semblent avoir changé, arborant
une expression plus cruelle qu'auparavant. La lame du katana s'auréole alors
d'un éclat sanguinaire, en même temps que les yeux de son porteur.
(Dohko) -"Il a douté un instant... Mais quelle
était cette cosmoénergie que j'ai ressentie un instant... ? Infiniment plus
puissante et destructrice... Akaryu ferait-il appel à un autre cosmos que le
sien pour accroître ses pouvoirs ?"
(Akaryu) -"Quelque chose m'intrigue... Cet
homme..."
Le Berserker ferme les yeux, laissant ses autres sens
percevoir la réalité autour de lui. Et une nouvelle fois, il fonce sur son
adversaire, portant plusieurs coups simples, cernant la présence de son
adversaire de ses sens aiguisés. Il distingue parfaitement la silhouette de son
adversaire esquivant chacun d'entre eux, sentant son odeur et ses mouvements,
sa chaleur... Se concentrant sur cette dernière sensation, son intuition se
confirme.
"C'est ce
que je pensais... Son corps n'est pas ordinaire!"
L'assaut cesse, le Berserker ayant atteint l'objectif de son
attaque, laissant le Chevalier de la Balance incapable de comprendre pourquoi
les coups portés étaient si effacés.
(Akaryu) -"Chevalier
de la Balance... C'est à mon tour de te poser une question... Quelque chose à
ton sujet m'intrigue... De ton esprit se dégage une sagesse que je n'avais
jamais ressentie auparavant... Et ton corps est froid... Comme s'il n'avait
aucune vie... Qu'es-tu exactement ?"
(Dohko) -"Tu
dois connaître comme moi la légende du Dragon et du Tigre..."
L'allusion aux animaux mythologiques ne manque pas de piquer
la surprise du Berserker.
"Le Tigre, incarnant jeunesse et fougue... Le Dragon
incarnant sagesse et expérience..."
"Les influences dominant la vie des hommes changent
avec le temps, et le Tigre laisse inévitablement sa place au Dragon..."
"Mais le pouvoir que j'ai acquis en tant que Chevalier
de la Balance, est de rendre mon corps à l'influence du Tigre..."
(Akaryu) -"Tu
veux dire que...!"
(Dohko) -"Oui.
En tant que Chevalier de la Balance, je possède le pouvoir de choisir de placer
mon corps sous l'influence du Tigre, ou du Dragon... Et quand j'utilise la
totalité de ma puissance, je possède la sagesse du Dragon, et la jeunesse et la
fougue du Tigre..."
(Akaryu) -"Le Misopétha Ménos..."
Le guerrier vient de comprendre l'allusion.
"Ainsi tu possèdes un esprit sage, ainsi qu'une
connaissance parfaite du combat et un corps en parfaite condition... Il est
évident que de la combinaison des deux découle une maîtrise du combat
exceptionnelle..."
Les deux guerriers échangent de nouveau un regard.
L'inquiétude habitant Akaryu a disparu, désormais il sait à quoi s'attendre.
Son expérience lui permet d'évaluer les capacités de son ennemi, et ce simple
fait lui permet d'être confiant.
(Dohko) -"Tout doute semble avoir définitivement
disparu de son esprit... Et son cosmos a changé... Le démon en lui est-il en
train de prendre le dessus ?... Dans ces conditions..."
Une nouvelle fois la folie furieuse semble le posséder. Une
nouvelle fois le guerrier porteur des deux katanas fonce sur son adversaire,
prêt à le découper en morceaux. Dohko ne cherche pas à esquiver cette fois, sa
décision est prise.
"Tu
l'auras voulu, Akaryu..."
En un éclair, le métal du katana frappe de nouveau le métal
doré. Et alors que la fureur se dissipe, désembrumant ses sens, il distingue
une épée dorée.
"Cette épée... NON!"
La détermination farouche se lit sur le visage de Dohko.
"Si, Akaryu... Cette fois les choses sérieuses vont
commencer!"
Intensifiant son cosmos, l'armure de la Balance se met à
briller telle un soleil dans les ténèbres d'Azura.
"ATHENA!
Aujourd'hui, moi, Dohko, Chevalier d'Or de la Balance, juge l'utilisation des
Armes de la Balance légitime pour vaincre Arès!"
Ces mots sont prononcés d'une voix emplissant l'espace
entier, interrompant tout mouvement par sa puissance. Simultanément jaillissent
de l'armure onze étoiles dorées...
(Au coeur de
la forteresse d'Azura...)
Dans un des sombres salles de la forteresse aux murs rouge
sang, devant une ample porte, se tiennent cinq hommes. Leurs armures sont
amples, couvrant la totalité de leurs corps et munies de capes rouge sang,
signe d'un haut rang. Disposés sur un pentacle, chacun des cinq hommes placés
sur un sommet de l'étoile démoniaque concentre son énergie. Et au centre du
pentacle se réunissent leurs énergies, illuminant d'un rouge sang maléfique le
contour du cercle et de l'étoile aux cinq branches, tandis que les images de
divers combats défilent.
La première, vêtue d'une armure légère, parée d'un carquois,
parle enfin, commentant l'action, comme si un spectateur invisible assistait à
la scène.
-"Ainsi Némée est déja tombé... Et Akaryu semble avoir
l'avantage... Mais...!"
L'exclamation de surprise brise ses mots, tandis qu'une
vague de lumière dorée inonde l'image.
Le second, vêtu d'une Armure extrêmement ample, d'une taille
ordinaire, mais ayant une musculature pourtant extrêmement développée prend la
parole. Son regard est masqué par son casque, montrant simplement un visage
massif.
-"Les Armes de la Balance... Ils ont enfin décidé de
les utiliser... Cela n'annonce rien de bon... Lamos, que vois-tu d'autre
?"
Le troisième, le dénommé Lamos, Seigneur d'Azura aux ordres
de Phobos, armé d'un immense bouclier et d'une lance, coiffé d'un haume
complétant sa panoplie semblable à celle des hoplites antiques, prend à son
tour la parole.
"Les Chevaliers d'Or restants se sont séparés pour
entrer dans Azura... Seuls les Généraux accompagnent encore Athéna et
Poséïdon... Ils ne tarderont pas à entrer dans la Forteresse d'Azura..."
Un autre, celui-là un colosse barbu, vêtu d'une armure
relativement légère en comparaison des autres, parée en divers endroits de
fourrure, brandit son marteau, alors que l'image au centre du pentacle montre
une légion de Berserkers s'avançant vers la Porte d'Azura, traversant la terre
de flammes et de mort. C'est en ces mots qu'il s'adresse à la première, qui
porte un arc.
Soudain l'image d'Azura qui parvient jusqu'à lui change, lui
permettant de distinguer les silhouettes de deux jeunes garçons qui s'apprêtent
à passer la porte d'Azura.
"Deux autres guerriers d'Athéna entrent en jeu... De
simples Chevaliers de Bronze et d'Argent... Lilith, les Légions de la Discorde
sont également en route, et rejoindront celles de la Vengeance... Bientôt ces
deux guerriers et l'humanité toute entière ne seront plus qu'un souvenir!"
-"Fort bien... Alors quel effet cela te fait-il, Thor,
de commander cette légion, puisque Thrall et Argon sont tous deux tombés
?" répond d'un ton moqueur la dénommée Lilith, Seigneur d'Azura aux ordres
de Nemesis.
Le colosse au nom du Dieu du Tonnerre répond d'une voix
monocorde.
"Cela m'est égal... Arès m'a jugé digne de commander
ces légions, et je le ferai... Pour que son grand oeuvre se réalise!"
C'est presque la voix d'un fanatique qui a prononcé ces
mots, éveillant un léger rire chez le dernier des cinq guerriers présents ici.
Un léger son de cordes se fait entendre, un accord aux tonalités sombres...
Pour céder place à une mélodie ténébreuse...
Un sombre requiem, préparant à la guerre.
Son armure est différente des autres, totalement noire, et
sa cape noire également est disposée tel un manteau dissimulant jusqu'à ses
bras. Pourtant on distingue un instrument à cordes dans ses mains sous les pans
du manteau. Son casque dissimule également jusqu'à son regard.
-"Toi... Erebe! Celui qui a été choisi par le Général
Jared à partir du régiment des Ombres... L'ancien Chevalier Noir de la
Lyre..."
Lilith vient de cracher son mépris au visage de celui
qu'elle considère comme un parvenu. Son poing serré se fait menaçant, et une
seule fraction de seconde le sépare du visage du Seigneur d'Azura, nouveau chef
de l'Armée des Ombres.
(Erebe) -"Hin
hin hin... Calme-toi donc, Lilith... " répond avec une ironie et un
amusement non dissimulés l'homme portant le nom de la nuit absolue.
"Ta fureur t'égare de ton devoir... Je voulais
simplement rappeler à votre attention que ce 'grand oeuvre' dont Thor a si bien
parlé... Nul d'entre nous ne sait ce que c'est... Cela ne vous inquiète-t-il
pas ?"
Ces mots résonnent avec malice, et Erebe se voit la cible de
plusieurs regards noirs. Seul Thor semble imperturbable.
(Thor) -"Nullement.
Ma confiance et ma foi en Arès sont totales... Ce qu'il fait est pour le bien
de la Terre, j'en suis persuadé... Même si cela doit passer par le
Ragnarok..."
C'est au tour du guerrier désarmé, et à l'armure couvrant
son ample musculature de prendre la parole.
"Le Ragnarok... L'Apocalypse... La Géhenne... Tant de
noms pour le cataclysme que nous allons provoquer! Pour la plus grande bataille
que nous allons livrer... Et au cours de laquelle jamais le sang n'aura autant
coulé!"
Ces mots sont prononcés avec démence, et on y lit clairement
la soif de sang. Seuls deux des cinq réagissent, Lilith et Lamos, accompagnant
sa dernière phrase d'un rire approbateur. Thor n'a pas réagi, concentré sur les
évènements qu'il voit à travers le rituel. Et le calme Erebe se contente
d'observer avec ironie ses compagnons.
(Erebe) -"Hahaha...
Mon pauvre Atlas... Le loup assoiffé de sang finira par en venir à mordre plus
coriace que lui et à se briser les dents, s'il laisse son instinct le
dominer... Si tu continues ainsi, je doute que ta vie dure... C'est cette même
attitude qui a couté les morts de Thrall, Argon, Némée, et tant
d'autres..."
Le dénommé Atlas à la carrure imposante et à l'armure ample
s'adresse en ces termes à Erebe.
(Atlas) -"Tais-toi!
De quel droit te permets-tu de dire de telles choses ? Tu ferais mieux de
savoir où est ta place... Car cela pourrait te jouer un mauvais tour à toi
aussi!"
(Erebe) -"Je
connais parfaitement ma place... Je suis Erebe, Chevalier Noir de la Lyre, et
Seigneur d'Azura aux ordres de sa Seigneurerie Jared de Pégase..."
Erebe a énoncé laconiquement ces mots, sans se départir de
son sourire, comme s'il s'agissait d'une évidence que les primates qui se
tenaient en face de lui s'obstinaient à ignorer.
(Lamos) -"Ce
Jared ?! Le favori d'Arès... Hin! Il ne faisait pas le fier en rentrant de
mission au Japon... Conan et Akaryu devaient presque le porter pour qu'il
arrive devant Arès en un seul morceau!"
Le dénommé Lamos était à quelques centimètres du visage
d'Erèbe, le défiant du regard, prêt à en venir au mains, quand un bruit de pas
se fit alors entendre, résonnant dans la salle centrale de la Forteresse
d'Azura...
-"Profère encore une seule fois de telles paroles, et
je t'enverrai rejoindre personnellement les Chevaliers d'Athéna en
Enfer..."
La silhouette d'une Armure de nuit, aux reflets rouge sang,
se révèle dans le couloir. Les mots qu'elle vient de prononcer portent une
force rare et une fureur contenue, rappelant instantanément au calme Lamos,
Lilith et Atlas. L'aura rouge sang se révèle autour de l'armure, parée d'une
magnifique cape noire. Le visage est reconnaissable entre tous, ce visage fin à
la chevelure dorée et aux yeux bleus. Le visage du Général Jared de Pégase,
commandant du régiment des Ombres.
(Jared) -"La
position d'Erebe de la Lyre à la tête du régiment des Ombres n'est pas à
remettre en cause, ni par toi, ni par quiconque! C'est Arès lui-même qui en a
décidé ainsi... Par conséquent la moindre insulte envers lui, envers un soldat
de mon régiment ou envers moi est une insulte directe à Arès... Qu'as-tu à dire
pour ta défense, Lamos du Hoplite ?"
Le Seigneur d'Azura aux ordres de Phobos est incapable de
répondre, ni de soutenir le regard du Général Démoniaque, tremblant de peur. Ce
dernier le fixe avec haine et mépris, les dents serrées comme un animal prêt à
bondir. Il est vrai que sa puissance a diminué considérablement, mais il est
tout aussi vrai qu'il reste encore capable de le blesser très grièvement. Cela,
Lamos vient seulement de le réaliser.
Soudain, la douleur l'étreint à l'estomac, lui faisant
lacher un gargouillis alors qu'il perdait son souffle.
"ARGH!"
La douleur se répandit dans son corps tout entier, alors
qu'il voyait le poing du Général frapper sa protection, et l'encastrer dans un
mur avec fracas, tout cela en un éclair.
(Jared) -"Apprends
donc à tenir ta langue, si tu souhaites vivre longtemps... Pauvre
imbécile!"
C'est sur ces mots pleins de mépris que le Général
Démoniaque de Pégase se retire, se fondant dans les ténèbres en rejoignant la
Tour qui lui est affiliée, suivi de peu par Erebe, toujours arborant son
sourire énigmatique.
Quelques secondes plus tard, Lamos semble enfin reprendre
conscience, se relevant difficilement, constatant que son armure a été endommagée
au plastron.
(Lamos) -"Cet
homme... Mais qui est-il exactement ?! Ce n'est même pas un vrai Berserker...
Et pourtant Arès le considère comme son âme damnée!"
(Atlas) -"Quoi
qu'il en soit, il en a bien la force... Et je suis sûr d'avoir senti chez lui
la Fureur... De plus, il semble que c'est lui qui a libéré l'âme d'Arès de son
urne..."
(Lamos) -"Quoi
?! Ce vulgaire...!"
Lamos interrompt sa phrase, se souvenant encore avec douleur
du châtiment infligé par celui qu'il considère comme un sous-combattant.
(Thor) -"Ne
juge pas ton adversaire à la couleur de son armure, mais à sa vraie valeur...
Serais-tu donc si aveugle, Lamos ?" énonce le sage Thor, exhortant son
compagnon à agir plus intelligemment.
(Lilith) -"J'ai
également la sensation que le cours des choses nous échappe... Cette guerre...
Allons-nous vraiment la remporter ? Est-ce que l'allié sur lequel Arès compte
va vraiment venir ?"
(Lamos) -"Hadès...
Je ne sais pas... Il s'est présenté devant Son trône tout à l'heure, et ils ont
demandé à tous les guerriers de quitter la salle... Pour je ne sais quelle
discussion... Je ne sais pas quoi penser... Mais Arès semble confiant..."
(Thor) -"D'une
maîtrise parfaite des éléments autour de soi naît la confiance absolue... Arès
sait parfaitement ce qu'il fait et est déja préparé à tout... La bataille ira
dans le sens espéré par sa Majesté..."
Thor, les bras croisés et les yeux fermés continue à prêter
attention à la conversation, prodiguant une nouvelle fois ses conseils et
faisant une nouvelle fois l'éloge de son Dieu.
(Atlas) -"Notre
dernier combat ne va pas tarder à commencer... Erebe a déja adopté son poste.
Nous devrions faire de même..."
(Pendant ce
temps, un autre endroit encore dans le champ dévasté d'Azura...)
Deux hommes sont face à face, de nouveau un Berserker et un
Chevalier d'Or. Le Berserker est un colosse, portant fièrement ses deux haches
rouge sang, tout comme son armure étincellante. Son visage est massif, et
arbore le sourire de celui qui est sûr de faire couler le sang. Cette seule
perspective réjouit ici le Maître d'Armes. Conan, Berserker de la Hache, Maître
d'Armes aux ordres de Deimos, est prêt une nouvelle fois à livrer un combat.
Face à lui, le Chevalier d'Or semble frêle, mais il irradie
d'une puissance intérieure formidable. Son regard est calme, est ses longs
cheveux mauves attachés dans le dos sont entraînés par le vent soufflant sur la
plaine d'Azura, où une nouvelle fois le sang va couler. Pourtant une chose a
changé par rapport à ce que le Chevalier du Bélier était auparavant. Son regard
s'est durci, et sa détermination s'est accrue.
Mu fixe l'armure de son adversaire, l'instinct et
l'enseignement de forgeron reprenant le dessus, tentant d'analyser la structure
du métal.
"Oui...
C'est comme je le pensais... Je perçois la même sensation... Nos armures ont
bel et bien la même base, mais les leurs sont... corrompues..."
"En place
de poussière d'étoile, il y a cette énergie démoniaque..."
"Tristesse...
Désespoir... Haine... Alors ces armures se nourriraient d'émotions négatives...
Non... De quelque chose de plus fort que les émotions... D'âmes...!"
Le Berserker ouvrit la bouche, parlant de sa voix de
stentor.
"Alors, Chevalier du Bélier ? C'est la vue d'une Armure
Sanguinaire qui t'impressionne tant que cela ? Méfie-toi... Car on dit que
quiconque pose le regard sur une Armure de Berserker y laisse son âme..."
-"Hélas, j'ai déja laissé mon âme... Lorsque j'ai tué
Borg de l'Ogre."
Ce nom éveille une étincelle d'intéret dans le regard du
Berserker.
"Borg de l'Ogre... Un de mes meilleurs combattants...
Brillant, puissant, implacable... Rien ni personne ne pouvait l'arrêter une
fois ses ordres donnés..."
-"Alors c'est cela pour toi, la définition d'un
combattant ? Un pion qui obéit aveuglément aux ordres au mépris de sa propre
vie ?"
-"Tout à fait. Et il en est de même pour vous! Dans
cette guerre, nous, Berserkers, et vous, Chevaliers d'Or, ne sommes que les
pions des Dieux! Nous sommes exactement pareils... Des guerriers qui devront
combattre jusqu'à la mort pour les désirs de nos maîtres... Mais cela m'est
parfaitement égal de n'être qu'un pion... Car j'obtiens ce que je souhaite par
dessus tout! L'excitation du combat..."
Le Berserker étendait ses mains, désignant autour lui les
étendues de terre désolée en flammes, où continuaient les combats meurtriers,
toujours plus sanglants et violents...
Mu ne réagit pas immédiatement, sous le choc. Puis il ferma
les yeux, baissant la tête tristement.
"Je te plains. Sincèrement."
Ces mots étaient calmes, froids. Pourtant, le Berserker
écarquilla ses yeux, dans lesquels luirent un instant la lueur de furie.
-"Que veux-tu dire ?!"
-"Alors toute ta vie se résume à des combats
sanglants... Pour un maître qui n'a aucun respect pour ta vie... Et tu oses te
comparer à un Chevalier d'Athéna..."
Le poing du Chevalier du Bélier se crispa, ce dernier se
mettait à trembler inconsciemment d'une colère qu'il avait de plus en plus de
mal à contenir. Le Berserker sourit. L'excitation du combat montait en lui
comme une poussée d'adrénaline. Ce duel serait intéressant.
"Au nom de tout ce que représente Athéna, je ne peux
pas te laisser vivre..."
-"Pff... Derrière ces mots, ne caches-tu pas un désir
de revanche ?"
-"C'est vrai. J'ai cherché la revanche en abattant Borg
de l'Ogre. Mais j'ai aussi compris une chose... Ce n'est pas en me battant pour
une cause personnelle et égoïste que je me montrerai digne d'Athéna et de ses
idéaux... Aussi ce n'est pas par revanche que je vais combattre, mais parce que
cela est nécessaire pour l'humanité entière!"
-"L'humanité... Alors tu tiens tant que ça à ces êtres
humains faibles et frêles que nous allons éliminer..."
-"Parfaitement. Aussi stupide que cela puisse te
paraître, c'est ce en quoi je crois. Je vais devoir t'occire, et je le
regrette, mais cela est nécessaire pour que l'humanité survive...
Aussi..."
La main droite de Mu se lève, auréolée d'énergie pure.
"STARLIGHT
EXTINCTION!!!!!!!!!"
En un mouvement qui ne représenta même pas un battement de
cil, une vague d'énergie pure fondit sur Conan, Berserker de la Hache,
l'engloutissant.
Alors que la formidable énergie frappe encore et encore
l'armure du Berserker, ce dernier réalise qu'il a déja subi un assaut
semblable. L'armure, molécule par molécule, est attaquée par la formidable
vague de lumière, et perd son éclat rouge sang.
Sa mémoire a enregistré la dernière fois qu'un fait
semblable s'était produit.
C'était contre un guerrier d'ordre inférieur, un Chevalier
de Bronze.
Hélios de la Couronne Boréale.
Le Chevalier de Lumière.
Une autre information parvient enfin à son esprit. Le nom de
son adversaire. Mu du Bélier.
Mu. Le continent des alchimistes, le peuple qui a conçu
toutes les armures.
Et il réalise avec horreur que la protection de son armure
ne lui servira strictement à rien.
Alors qu'enfin l'assaut s'arrête, le Berserker s'effondre au
sol, encore sous le choc.
"Un... forgeron de Mu... J'aurais du... m'en
douter..."
Ces mots ne sont pourtant pas ceux d'une personne qui
agonise. C'est avec difficulté que Conan se relève, la teinte rouge de son
armure ayant presque totalement disparu. Cela pique l'attention du Chevalier du
Bélier.
"Que sais-tu à propos des armures ? Vos Armures
Sanguinaires, et les nôtres... Elles partagent un lien que je n'arrive pas à
cerner..."
-"Pft... Cela, Chevalier, nul parmi les Berserkers ne
le sait... Sauf peut-être les Généraux Démoniaques... C'est une histoire qui a
été enfouie dans la nuit des temps... Mais nous savons une chose... C'est bien
le même homme qui a forgé toutes les armures..."
Mu est sous le choc. Certes cela confirme sa thèse, mais
cela implique que le premier forgeron de Mu ait été un traître à Athéna...
-"Dans ce cas, je vais expier cette faute... Et achever
de réduire en cendres l'abomination que tu portes sur le dos..."
Un mouvement rapide de la main, tandis qu'une nouvelle vague
de cosmos pur s'écrase sur l'armure du Berserker. Une nouvelle fois le Berserker
encaisse l'assaut, mais le métal de sa protection, ayant dépassé tout seuil de
résistance, explose...
Pourtant Mu remarque que les deux haches géantes que Conan
tenait en main n'ont pas été affectées.
"Chevalier du Bélier... Tu crois vraiment me pousser à
abandonner ainsi ? Je suis encore en mesure de combattre! "DOUBLE AXE
SLASHER!!!!!!""
Un coup fort simple, Conan, le Berserker à la carrure de
colosse, digne de celle de feu Aldébaran, propulse ses deux haches en direction
de son adversaire. Mu ne bouge même pas. Et soudain, les armes de mort frappent
une surface.
"Crystal Wall."
Les deux armes sont restées figées sur le mur immaculé, sans
atteindre le Chevalier du Bélier. Pourtant, Conan esquisse un sourire assassin.
Le sourire de celui qui sait qu'il a l'avantage.
Et Mu ne peut réprimer une exclamation de surprise alors que
le mur cède enfin, et que sa protection encaisse de plein fouet les deux armes
de mort.
"Argh!"
C'est au tour de Mu d'être projeté en arrière, et de mordre
la poussière.
"Pour
abattre un Berserker à coup sûr, il faut le tuer du premier coup."
Ce conseil prodigué par le sage Dohko de la Balance lui
revient seulement maintenant en mémoire. Et il réalise avec douleur combien
Dohko avait raison.
Le rire gras et sinistre du Berserker retent