Partie 3 : Argo Navis! Les Armures du Destin

Chapitre 14 : Que s'ouvre la dernière porte ! - Saigo no tobira wo hirake !

 

Un instant d'éternité. Un être aux cheveux de feu, aux traits indéniablement divins... Ou qui l'ont été. Un visage fin, arborant fièrement, comme des peintures guerrières, ces marques sombres, la marque de ceux qui ont en eux la force des Démons. De ceux qui ont le pouvoir de réduire à néant la trame de la réalité d'une simple explosion de Cosmos.

 

Autour de lui, une terre dévastée, et des cadavres. Il se trouve sur cette Terre perdue dans le Pacifique qu'on nomme Continent de Mû. Anciennement territoire d'Athéna, désormais couverte de la corruption d'Arès, terre volcanique comme si elle était sortie tout droit des Enfers que les diverses religions dépeignent.

 

Il fixe le ciel en signe de défi. Ce ciel bleu où brille de tout l'éclat l'astre du jour, se reflétant dans l'Armure rouge sang qu'il porte. Une Armure Divine qui se serait parjurée. Lui et sa protection sont couverts de poussière, et là où elle est couverte de fissures, l'homme - homme ? - est lui couvert de sang et de plaies. Au temps où la sanglante armure était intacte, on peut voir qu'elle arborait fièrement une paire d'ailes de démon. Pourtant son maintien est digne. Il n'est pas de ceux qu'il faut juger à leur aspect, il est de ceux dont le feu brûle si fort qu'ils peuvent plier l'univers à leur volonté.

 

"Athéna... Zeus...", lance-t-il au ciel, comme s'il parlait à quelqu'un face à lui. Nul n'est besoin de hausser la voix pour se faire entendre des Dieux, quand ces derniers prêtent leur oreille. A plus forte raison quand tous leurs regards sont fixés sur un conflit dont l'issue influera sur l'univers entier.

 

"Vous ne faites que défendre un monde à la forme imparfaite... Un monde basé sur une injustice... Un monde qui ne pourra que pourrir tôt ou tard."

 

"Vous vaincrez aujourd'hui... Mais n'oubliez pas, Dieux de l'Olympe... Si désormais j'incarne le Chaos et tout ce que vous abhorrez, vous ne valez guère mieux... Et je porterai le Masque du Démon pour vous le montrer !"

 

Une immense lumière brillante emplit alors le Ciel. Ce n'est pas l'astre du jour. L'homme aux cheveux de feu se contente de sourire, conscient du destin qui l'attend alors que la lumière l'engouffre et l'avale. Une explosion de lumière d'une violence inouïe retentit alors, éventrant la terre dans un bruit de foudre qui résonna sur la planète entière.

 

L'impact fut tel que le coup brisa le continent entier, tandis que les eaux déchaînées l'engloutissaient. Un raz de marée d'une violence inouïe eut lieu. Des heures et des heures après, le cataclysme semblait s'être enfin apaisé... Et trônait obstinément en place de ce qui était le Continent de Mû, une misérable petite île, un morceau de terre enflammée, maudite, où coulait la lave comme le sang de la Terre, son volcan comme une verrue purulente à la surface de la Terre, comme une infection dont on ne peut se défaire. A nouveau, des cieux, un rayon de lumière s'abattit.

 

Parmi les ombres, l'une d'elles, tel un silencieux barde des ténèbres, ayant maintenant pris forme humaine, s'approcha, et vit gravées à jamais les lettres formant, en grec ancien, le mot "Athéna" dans la roche volcanique, entrecroisées d'éclairs. Celui qui avait assisté à tout cela, seul témoin à la postérité de ces évènements, se permit un mince sourire sous sa coiffe de ténèbres avant de disparaître.

 

"Sois patient, nous avons tout notre temps, Arès... A ton réveil... A notre réveil."

--

 

Le dernier bastion d'Azura encore debout, la tour de la Peur. Gardée par Phobos, Dieu éponyme. Ce dernier attend avec impatience, mais rien dans son attitude ne le démontre. Il se tient au centre du donjon, bras croisés, dans une salle circulaire où trône majestueusement le démoniaque pentacle. Il a senti la défaite, et peut-être la mort de ses compagnons. Car pour lui, il n'y a qu'un simple lien de cause à effet entre les deux. Un lien inévitable. Etre vaincu revient à mourir. Il pense avoir compris ce qui les a menés à leur perte, mais cela ne l'affecte pas.

 

Il sait que à leur place le combat se serait terminé de la même manière. Car de toute façon la décision d'Arès a été rendue : cette bataille n'est dorénavant plus importante. Vaincre ou être vaincu n'a plus d'importance dans ce combat. Seul compte de semer le plus grand chaos possible, à présent. La défaite ne sera pas totale. Et cela, Athéna et les siens sont loin de s'en douter.

 

Pourtant, un instant, un bref instant de surprise vient troubler le calme de son attente alors qu'il voit et entend le sol de sa tour se fissurer. Une fissure simple, puis une seconde, une troisième... une dixième... une centième. Tant qu'il devient vite futile de compter alors qu'un grondement sinistre résonne, parallèlement à la vision de destruction.

 

"Qui ose donc ... ?!" entame le fier Général, portant la main au fourreau à sa ceinture.

 

Mais sa phrase meurt aussitôt, de même que son geste. Il vient de réaliser qu'il n'y a pas besoin de s'étonner de ce que ses sens lui dictent... Il ferme les yeux, cesse d'écouter, de sentir, de percevoir... Tout cela en une fraction de seconde, car il y est habitué. Les sens humains mentent souvent, se souvint-il. Il fit parler son septième sens, et chercha au plus profond de son âme, plongeant jusqu'à son essence même, dans les ténèbres, encore et encore...

 

"PAR L'ENVOL DU PHENIX !!!!" hurla une voix, tandis que, retrouvant progressivement tous ses sens, il sent venir à lui une puissante vague de Cosmos en la formes d'un oiseau de flammes majestueux.

 

Une fraction de seconde. Le moment durant lequel Phobos peut placer ses bras en croix et laisser exploser son propre Cosmos pour repousser celui qui charge droit sur lui.

 

Impact.

 

Phobos est contraint de reculer, mais tient bon. Le sol gardera trace du choc de titans, sous la forme de deux traces rectilignes correspondant aux pieds du Général Démoniaque.

 

Devant lequel se tient désormais un homme auréolé de feu, en armure dorée, majestueux, ses cheveux noirs flottant.

 

"Phénix." annonce calmement Phobos alors que l'aura de flammes d'Ikki se dissipe, révélant une armure dorée éclatante de puissance, où les dernières fissures semblent s'effacer à vue d'oeil.

 

"Belle entrée en matière, je dois dire. Ton Illusion du Phénix a été remarquablement efficace. Tromper jusqu'au septième sens est là un exploit que peu de manipulateurs d'esprits savent accomplir. Mais il te reste néanmoins un dernier pallier à franchir." réplique froidement Phobos, son regard jaugeant son adversaire.

 

Ikki reste impassible, mais intérieurement il se sent surpris que son adversaire le complimente. Il n'a affronté que des adversaires sûrs de leur force, et des adversaires contre lesquelles la donne était en apparence défavorable pour lui. Cette fois ce sont deux combattants divins qui s'affronteront, et son adversaire ne fera pas l'erreur de le sous-estimer, comme l'ont fait nombre de ses précédents adversaires. Il serre le poing et les dents, sentant son Cosmos affluer dans son corps avec une chaleur rassurante. Il n'y a aucun intérêt à faire durer ce combat, au contraire.

 

Le Chevalier Divin croise les bras contre son torse, prêt à déclencher une nouvelle attaque... Le Général dégaine silencieusement son épée et se met en garde, un sourire en coin aux lèvres. Signe que l'on a encore une carte à abattre dans son jeu, ou que l'on attend l'assaut avec impatience. Ou probablement les deux à la fois. Le Chevalier ferme les yeux, concentrant davantage son énergie.

 

Brusquement, Ikki décroise les bras, et place ses mains, paume face à face devant lui. Et dans ses mains, bien vite, se matérialise une sphère de flammes pures, vite portées au rouge, au jaune... Au bleu, puis au noir...

 

"Une flamme noire ? Impressionnant mais cela ne suffira pas encore, Phénix." lance Phobos, moqueur.

 

Ikki ne réagit pas à cette provocation, continuant d'intensifier son Cosmos. Jusqu'au moment où la flamme prend une teinte blanche pure, celle de la lumière absolue, de la chaleur primale, d'un soleil.

 

"Voilà qui prouve bien que derrière les ténèbres se trouve la lumière... Et que derrière la lumière se trouvent les ténèbres. La vérite universelle que Zeus s'est obstiné à bafouer..."

 

Phobos observe. Il sait que quelque chose de grand se prépare. Quelque chose qui le détruira probablement, mais il ne se soucie plus de sa survie, physique ou spirituelle.

 

"Contemple le feu primordial, Phobos... L'arcane suprême du Phénix !"

 

Ikki tend ses mains devant lui, en un geste rapide, propulsant la sphère de plasma chauffé à blanc sur son adversaire. Un geste qui aurait pu sembler lent, mais qui est pourtant exécuté à la vitesse de la lumière, tandis que le fier Chevalier Phénix rouvre les yeux, hurlant son cri de guerre.

 

"SUPERNOVA STR-"

 

Le nom meurt dans la gorge d'Ikki alors qu'il sent le froid d'une lame transpercer son corps, et le feu brûlant de la douleur, paradoxalement. Son regard se porte sur le poing tenant le manche de l'épée... et remonte jusqu'au visage. Le visage.

 

Non pas celui de Phobos, mais bien celui d'Arès ! Pris par la surprise, Ikki sent toute force quitter ses muscles et son esprit, alors qu'il s'effondre à genoux, le sang s'écoulant de son corps. Portant la main à sa blessure, il réalise... qu'elle n'a jamais existé. Mais que le vent d'une véritable lame est prêt à le décapiter s'il ne réagit pas.

 

Haletant, encore sous le choc de ce qu'il vient de vivre, le Chevalier tient encore machinalement l'endroit où la lame-illusion lui a donné l'impression d'être frappé, ses nerfs brûlant encore du feu de la douleur résiduelle. Non, pas directement les nerfs, mais bien l'âme elle-même. C'est son âme qui a imaginé recevoir la blessure, et elle qui a failli imaginer sa propre mort.

 

"Je t'avais prévenu. Il te reste encore un pas à franchir pour me vaincre sur ce terrain, Phénix. Inutile d'abattre une technique purement physique devant moi avant de m'avoir égalé, voire surpassé sur le terrain du mental."

 

-"Très impressionnant... Vraiment... A aucun moment je n'ai saisi l'illusion..." réplique Ikki, couvert de sueurs froides, haletant, véritablement estomaqué par ce qu'il vient de vivre, se surprenant lui-même à complimenter son adversaire, comme lors de son duel mental avec Saga. Mais il réalise que cette fois, il est face à un Dieu dont l'être est identifié par le concept de la Peur. Et à merveille. Ce n'est même plus une question de puissance ou de maîtrise mentale. Tout simplement une question de volonté. Sa volonté. Il lui suffit de désirer pour réaliser.

 

-"Tant d'éloges... Même pour toi, il n'est pas impossible d'en faire autant... Mais tu n'as pas encore saisi la quintessence de cette technique. Cela dit, je félicite ton esprit de combattant, n'importe quel guerrier aurait perdu l'esprit ou serait mort en subissant cela."

 

Phobos s'accorde un instant de pause pour observer un Ikki totalement déstabilisé par l'attitude de son adversaire.

 

"Oh, mais que dis-je... Evidemment, cela n'est pas une surprise. Tu maîtrises un tant soi peu le 8ème sens, et tu es passé par l'Hadès. Tu ne mourras pas juste en essayant de te faire croire que tu es mort..."

 

Phobos se contente de croiser nonchalamment les bras alors qu'il prononce ces mots, son épée se rengainant d'elle-même dans son fourreau.

 

"Et... Une dernière chose avant de reprendre le combat." reprend le Dieu d'un ton mauvais. "Il est inutile de tenter à nouveau ton Supernova Strike. Cette technique ne me surprendra plus, tu as fait l'erreur de l'utiliser sous mon emprise, et j'en connais ainsi les moindres détails." annonce le Dieu de la Peur comme une sentence de mort. Mais Ikki n'y lit aucune trace d'arrogance, simplement un conseil. Mais donner un conseil à son propre ennemi ?! C'est là une démarche que le Chevalier ne comprend pas.

 

"Phobos, réponds-moi..." demande le Chevalier, décidé à affronter la situation de front. "Que signifie ce combat pour toi ? N'est-il pas important pour toi de gagner pour ton maître ?"

 

Sourire du Dieu incarnant la Peur. "Il commencerait donc à comprendre ? Voilà qui promet d'être... amusant."

 

-"Vois-tu, Ikki, je ne te dirai que ceci. Ce combat n'a pas d'autre valeur pour moi qu'un simple amusement. Il y a quelques heures encore effectivement, il aurait été un enjeu capital dans le plan du Seigneur Arès, mais la donne a désormais changé... Et à présent, rien n'importe plus pour moi que de livrer un combat passionnant. Et si je ne te donnais pas ces avertissements, mon amusement risquerait de prendre fin prématurément. Ce serait... contrariant."

 

Sursaut d'Ikki. Il attendait une réponse, et n'a trouvé que davantage de questions...

 

-"Comment ça ?! Cette bataille n'a donc plus aucun sens pour vous autres Généraux d'Arès ?!"

 

-"Tu le découvriras bien assez tôt... Si tu me bats."

 

Encore un malaise de plus pour le Phénix. Il n'est pas habitué à voir un adversaire l'exhorter à le vaincre, à l'exhorter à se surpasser. Il ne peut s'empêcher de penser que cela dissimule un piège ou une intrigue inavouable, et pourtant c'est le seul chemin par lequel il peut avancer. Le seul chemin vers Athéna, ses frères, et la lumière.

 

"Si c'est ce que tu veux... Alors je vais devoir te donner satisfaction..."

 

Ikki reprend sa stature fière et digne, se redressant, chassant le doute de son esprit, pour le moment. Le temps est venu de se surpasser, d'innover à nouveau et de briser ses limites. Se souvenant de ce qu'il ressentit lors de son combat contre Shaka, de cette sensation que son esprit découvrait alors qu'il s'ouvrait à l'Univers entier, de cette sensation et cette force capables d'altérer l'âme elle-même... Le 8ème sens. Il sent déjà la plaie de son âme, infligée par la lame de Phobos se colmater.

 

"Bien, Phénix... Tu maîtrises véritablement le 8ème sens au point de te libérer de l'emprise de la Mort. Mais ton âme est en proie à d'autres démons, bien pires, ceux-là... Au fond de ton âme, cette plaie béante qui saigne toujours..."

 

Ikki sursaute un bref instant. Le dernier a avoir entrevu aussi loin dans son âme était... Kaza des Lyumnades. Et Ikki avait eu la chance qu'il meure avant d'avoir pu mettre à exécution son sombre plan. Mais cette fois...

 

Phobos tend un doigt, en direction du front d'Ikki. Flash de lumière. Un rayon de lumière rouge vient de transpercer son front.

 

"Découvre désormais pourquoi on m'appelle..."

 

"...Peur..."

 

Le regard du Phénix se vide de toute expression, alors que petit à petit ses yeux se ferment...

 

"Tu n'as aucune chance de vaincre... "

 

"Aucune..."

 

"aucune..."

 

"...aucune..."

 

"..."

 

Rouvrant les yeux, il découvre autour de lui...

 

... Un lieu idyllique, si splendide que seul Elysion aurait pu rivaliser en beauté avec lui... Il remarque qu'il ne porte pas son armure... Simplement la simple tenue déchirée et usée qu'il portait lors de ses entraînements infernaux sur l'Île de la Mort...

 

Et au coeur de ce lieu, une jeune fille en robe rose accourt vers lui... Un motif d'orchidée décorant le tissu. Une fine chevelure blonde, un visage et un sourire d'ange... Ikki sent son corps se figer, alors que ses yeux se posent sur ce qu'il voit, et que sa mémoire réassocie avec douleur tous les sentiments dus à cette vision. Non, pas simplement une vision. Le son de la voix, des battements de coeur, l'odeur, tout est là... Même la vague présence, l'once de Cosmos que chaque humain porte en lui et qui est comme le sceau propre de son âme.

 

Il y a simplement... Cette impression. Comme quelque chose de désagréable qui reviendrait, qui entacherait la scène... Une impression vague... Est-elle vraiment importante ? Oui... Non... Ikki ne peut que se focaliser sur celle qui se tient devant lui, souriante, prononçant des paroles rassurantes. Rassurantes ? Seul le ton permet de le dire. Il ne parvient pas à distinguer les mots... Quelque chose semble lui transpercer le crâne, comme si son esprit était tiraillé entre deux sensations contradictoires.

 

C'est l'instant que choisit la douce Esméralda pour une fois de plus serrer le Chevalier Phénix dans ses bras, comme elle l'a souvent fait pour le soigner, sur l'Île de la Mort. Ikki se surprend à fermer les yeux... étreint par cette douce chaleur, celle qu'il a toujours désiré toute sa vie.

 

"Esméralda... Non."

 

Un geste de la main, simple. Ikki s'est saisi de la main droite de la jeune fille, main dans laquelle était dissimulé un poignard, prêt à percer son coeur... Alors que des larmes coulent sur ses joues. Larmes qui coulent si rarement, dans un coeur qu'on pourrait croire désseché, tandis que Ikki repousse doucement Esméralda, gardant ses mains posées avec une délicatesse rare sur ses épaules...

 

"Je sais que tu n'es qu'illusion, que rien ici n'est vrai... Il est temps pour moi d'accepter enfin ta mort et d'avancer, Esmeralda..."

 

Cette dernière semble presque ne pas comprendre ces simples mots, et lui lance un regard empli de tristesse, mêlé à un sourire compatissant. Comme si elle comprenait.

 

"Je te remercie de m'avoir donné une dernière fois ta chaleur. Comme tu me l'as dit, je dois devenir... tel le Phénix. Voler dans le ciel, de toutes mes forces."

 

Un geste d'affection... Ikki se penche, fixant celle qu'il a toujours aimée, un bref instant, avant que leurs visages se touchent... Et que leurs lèvres se mêlent en un chaste baiser.

 

"Enfin je peux te dire adieu, mon amour..."

 

Brisant l'étreinte avec délicatesse, Ikki voit alors tout autour de lui le décor idyllique tomber en poussière... Pour enfin voir l'image d'Esméralda retourner elle aussi à la poussière... Alors que tout autour d'Ikki se pare de noir, un bref instant, rouvrant les yeux, ce dernier se retrouve de nouveau à son point de départ. Entendant un bruit d'applaudissements, derrière lui.

 

"Très impressionnant, Phénix. Il semble que tu aies évolué durant tes combats. Aurais-tu appréhendé le dernier stade qu'il te reste à atteindre pour vaincre des êtres comme les Démons ?"

 

Ikki se retourne pour faire face à son adversaire. Une étincelle de colère menace de s'enflammer en lui alors qu'il serre son poing face à la provocation, quand... il réalise qu'au fond de lui il se sent infiniment mieux... Qu'un poids lui a été ôté de l'âme. Par sa propre force.

 

-"Je suppose que je devrais te remercier de m'avoir montré cela... Mais tu as raté là une occasion en or de me tuer."

 

Phobos fixe d'un air impassible son ennemi.

 

-"T'attaquer pendant que tu étais sous mon emprise était impossible. Mon attaque n'a fait qu'induire dans ton âme une situation qui aurait dû la conduire à sa destruction... Mais tu l'as magnifiquement transcendée. Maintenant, la question intéressante..." énonce-t-il d'un ton qui est celui d'un professeur à son élève, alors qu'un sourire mauvais se dessine sur son visage.

 

"Pourquoi as-tu pu vaincre l'illusion ? C'est à cette question que tu dois répondre. Car si tu n'es pas capable de faire la différence, ce que tu subis deviendra réalité pour ton âme."

 

Ikki réalise alors qu'il a failli laisser s'émousser totalement son esprit de combat, avec horreur. Il a vaincu l'illusion parce qu'il savait. Il n'espérait déjà plus revoir vivante Esméralda. Mais pourtant... Il a douté. Alors comment a-t-il pu...?

 

"Ne perds pas ton temps en réflexions inutiles ! "ARES EXECUTION BLADES !!!!"" lance le Dieu, décochant plusieurs coups d'épée à bout portant, laissant trois entailles béantes sur la surface de l'Armure Divine, alors que Ikki est projeté au sol avec violence, douleur et fracas. Le Dieu s'avance, fier, le pas égal, surplombant Ikki de toute sa stature.

 

"Ikki, ceci est un combat à mort. Je ne te ferai dorénavant plus de cadeaux." lache-t-il avec un regard dur, juste avant d'abattre son épée dans le sol, là où se serait trouvée la tête du Chevalier Phénix s'il n'avait pas eu le réflexe de l'esquiver par une roulade.

 

Ikki se relève, ses yeux indiquant toujours un doute. Il ne sait pas encore quel est ce secret que Phobos a tenté de lui montrer. Ni pour quelle raison il a agi ainsi. Il sait juste que dorénavant il a affaire à un guerrier qui a décidé de combattre comme l'ont fait tous ses ennemis avant, et cela semble presque le rassurer.

 

Alors qu'il pense à passer à l'attaque, Ikki est surpris... de percevoir le Cosmos de Phobos tout autour de lui. Nulle part, et partout. Omniprésent. Pourtant, Phobos se tient bien devant lui. Son visage orné de marques guerrières noires comme l'Ombre, comme si elles s'étaient révélées avec ce mystérieux pouvoir... Cette concentration d'énergie si nauséabonde que Ikki devait faire un effort de volonté pour réprimer un vomissement. L'unique fois où il a ressenti une pareille chose, c'était...

 

Le souvenir d'un homme en armure légère, tenant une quenouille à la main lui revient bien vite. Et il comprend d'où vient son malaise... De l'altération de réalité autour de lui. Et en lui-même.

 

"En... En moi-même ?!"

 

La réalité des faits venait enfin de le frapper comme l'évidence. Il venait de percer le secret de la technique mentale de Phobos. Fermant les yeux, Ikki se permit un sourire.

 

"J'ai compris ta technique, Phobos..."

 

-"Ah, vraiment ? Voilà qui est fort intéressant..."

 

-"J'ignore comment tu t'y prends, mais tu manipules directement la trame de la réalité... Ainsi, il t'est facile d'affecter l'âme, le cerveau, la mémoire, les nerfs... Et d'induire toute sorte de sensations chez ton ennemi... Mais l'unique sensation que tu ne peux pas effacer de l'esprit, c'est la trace de ton Cosmos ! Pourvu que ce dernier n'érige pas de défenses mentales, comme au moyen du 8ème sens..."

 

Phobos écarquilles les yeux d'étonnement, gardant un rictus mauvais. Il semble sincèrement réjoui de voir son adversaire déjouer son attaque mentale.

 

-"Très bien... Tu as compris une partie de l'astuce, et la plus importante, à vrai dire... Voyons voir maintenant comment tu te défends... face à ceci."

 

Ikki se voyait à nouveau entouré de ténèbres. Son armure disparût une nouvelle fois, mais cela ne le surprit qu'à moitié.

 

"Encore une attaque mentale..."

 

Il se voyait rajeunir, d'abord surpris, puis...

 

"Que... ?!"

 

Il se demanda même ce qu'il faisait là.

 

"... Athéna..."

 

Puis cette idée-même disparût. Jusqu'au nom d'Athéna.

 

"..."

 

Jusqu'à l'idée qu'il y avait un nom inconnu qui venait de surgir dans sa tête.

 

Jusqu'à son propre nom.

 

Jusqu'au concept même de langage, dont ce mot était issu.

 

Il était revenu à l'état de nourrisson, impuissant, incapable de brûler un Cosmos.

 

"Et maintenant, Ikki, voyons comment ton âme, réduite à sa plus simple expression, va se sortir de ce chausse-trappe ?" se moqua Phobos, alors qu'il contemplait des yeux de son âme le nourrisson, et des yeux de son corps, le chevalier recroquevillé en position foetale, toujours bien vêtu de sa majestueuse Armure.

 

"Tu es totalement à ma merci." pensait-il, alors qu'il passa en pensée sa main dans les cheveux du nourrisson.

 

"Voici le degré le plus puissant de restructuration mentale. "BEYOND REINCARNATE!""

 

"A présent je vais modeler ta psyché redevenue vierge et te transformer toi aussi en un soldat fidèle à notre Seigneur Arès. Tu libèreras alors tout ton potentiel chaotique."

 

Un rayon rouge traversa le front du Chevalier adulte. Ce dernier se dressa bien malgré lui, sans faire appel ni à ses bras ni à ses jambes, marionnette manipulée par l'unique fil visible qui traversait son front, pantin désarticulé arraché du sol, le regard vide.

 

"Quel est ce souvenir que je perçois au plus profond de lui ? Cette image...!"

 

Il venait de voir, non sans surprise, l'image de son propre cadavre, dénué d'âme, celle-là même déchirée par une silhouette voilée de noir... Il venait de voir l'explosion ravageant le sein de la Terre... Hadès et Arès vaincus... Et au centre de ce pilier d'énergie... Les cinq Chevaliers Divins, formant le cercle, entourés par trois silhouettes inconnues, l'une porteuse d'un instrument semblable à une quenouille de tisserand. Alors que l'immortel Phénix enflammait son Cosmos, s'opposant à cette terrible explosion divine de toute sa volonté. Phobos voyait. Il sentait Ikki consumer une partie de son être et de sa force. Pour s'harmoniser avec ce courant d'énergie divine pure et déchaînée.

 

Alors qu'il transperçait la Terre de part en part, enfin, le Phénix majestueux déploya -enfin- ses ailes de flammes, devenant ce courant d'énergie... Droit dans la toile tissée par les trois frères - "Ils sont donc frères... Atropos, Clotho, Lachesis." réalisa Phobos, en lisant l'esprit d'Ikki - qui ouvrait les portes du temps... Vers le passé.

 

"C'est impensable... Voilà donc comment ils ont survécu à Daath ?! Mais... Il a sacrifié..."

 

Phobos grinçait des dents alors que son rayon sondait l'esprit mort du Phénix. Son regard, furieux, était celui de quelqu'un qui vient de gratter une statue d'or pur pour trouver... du plomb. Du simple plomb mort. Mais il se radoucit, continuant d'insuffler une nouvelle psyché dans l'esprit du Phénix.

 

"Aucune importance... La puissance de son Cosmos n'en a pas été affectée. Il peut toujours servir... Servir l'Ultime Chaos !"

 

Soudain, Ikki bougea un doigt. Puis la main, à la grande surprise du Général.

 

"Quoi ?!"

 

Laissant exploser son Cosmos, il redoubla de puissance dans son attaque mentale, insufflant encore et encore ce qui en ses yeux le constituait, lui, Arès, et les Généraux Démoniaques. Il visualisait déjà l'image du Phénix qu'il tentait de créer. Comme une réplique de celui qu'il avait dans le creux de sa main, pour ainsi dire, vêtu d'une armure noire aux atours de celle du Phénix, plus agressive, tel les répliques des Armures d'Or conçues par Hadès.

 

Mais cette image se brisa sous ses yeux. Et le nourrisson qu'il voyait en esprit lança un puissant cri, accompagné d'une déflagration de Cosmos d'une pureté absolue. Plus de haine, plus de réserves, juste un désir de vivre et d'exister, à l'état pur. Phobos lui-même fut repoussé en arrière sans pouvoir réagir. Le mur de la salle arrêta sa course avec fracas.

 

Il avait l'impression de voir celui qu'il avait rajeuni en esprit... grandir à nouveau, à une vitesse accélérée des milliers de fois, pour redevenir celui qu'il était, à l'identique.

 

"C'est impossible... Comment as-tu pu retrouver ton esprit ? Je l'avais réduit en miettes !"

 

-"C'est là que tu fais erreur. Je ne t'ai pas laissé l'opportunité de pratiquer Beyond Reincarnate à la perfection."

 

-"Quoi ? Tu veux dire que ton illusion de tout à l'heure..."

 

-"...faisait toujours effet. On ne la subit pas en restant totalement indemne. C'est grâce à cela que tu n'as pu démanteler totalement mon âme, et que j'ai pu la retrouver."

 

-"Arriver à dissimuler une telle pensée dans ton âme sans que je la décèle... Force m'est de l'avouer, tu m'as vaincu."

 

Un étrange sourire démoniaque se dessinait sur le visage du Général. D'instinct, Ikki se mit en garde, prêt à subir un nouvel assaut.

 

"Phénix, c'est toi qui es le vainqueur." réitère le Dieu-Démon.

 

Surprise. Jamais Ikki ne se serait attendu à entendre ces mots de cet adversaire. Ces mots contrastaient avec l'expression du visage de Phobos... Ikki sentait la terreur l'envahir, il connaissait trop bien ce langage corporel pour ne pas l'avoir reconnu. L'attitude de quelqu'un qui a perdu et qui n'a plus rien à perdre. L'attitude d'un suicidaire.

 

"Et donc... Je vais te donner la réponse que tu attends. A ce que nous autres Généraux, et Arès, recherchons vraiment à travers ce combat... Subis la dernière attaque..."

 

Un sourire démoniaque s'était dessiné sur le visage de Phobos, alors que son regard devenu fou s'allumait. Ikki écarquilla les yeux, constant l'horreur qui se déroulait en ce moment même. Ce que Phobos préparait. La réalité autour de lui était chargée en anti-Cosmos... Prête à exploser littéralement comme une bombe.

 

Tout vira au noir une nouvelle fois. Phobos venait de disparaître de devant lui, de tous ses sens. Il ne restait plus que cette sensation atroce de réalité déchirée et violée, tout autour de lui. Phobos ne se fendit même pas d'une provocation cette fois ; elle était superflue et Ikki le savait. Le Phénix se permit un mince sourire. Il connaissait une parade explosive mais efficace à cette situation. Une parade qui ne lui permettrait qu'un maigre répit et qu'une chance infinitésimale de survie. Comme tant de situations qu'il avait déja traversées par le passé.

 

"C'est la première fois que je vais l'essayer sans contenir initialement sa puissance sous la forme d'une Sphère..." pensa le Chevalier non sans ironie, imaginant d'ici les conséquences destructrices de son attaque, alors qu'il croisait déjà les bras en croix sur son torse, concentrant son Cosmos, en cette flamme qui vira du jaune au rouge... Puis au bleu, et au blanc le plus éclatant... passant un bref instant par le noir... Pour un assaut qui serait sûrement le dernier.

 

"REALITY... COLLAPSE !!!!" hurla la voix de Phobos omniprésente, alors qu'il déchaînait ce piège jusque là passif, tout l'anti-Cosmos qui n'attendait que de déchirer la trame de la réalité...

 

"SUPERNOVA STRIKE !!!!" hurle Ikki, déployant ses bras, libérant tout son Cosmos autour de lui en une explosion dont il était cette fois le centre. Un déploiement d'énergie pure, non contenue comme précédemment.

 

Un déploiement qui déchira si bien la trame de la réalité que le cinquième bastion de la Forteresse s'effaça tout seul de cette dernière... Comme déchiré d'une page d'un livre, comme aspiré par un trou noir, sans explosion, sans bruit. Puis l'effondrement qui suit pour tout ce qui se trouvait en altitude, et qui vient de prendre conscience qu'il a perdu son soutien.

 


 

Tremblement. Grondement. La disparition du cinquième bastion vient de se propager dans toute la forteresse.

 

"Tu l'as ressenti, toi aussi ? Le dernier bastion d'Arès vient de tomber !" lache l'homme portant une armure d'écailles, et tenant un trident à la main droite.

 

-"Oui... Les Généraux Démoniaques ont donc tous été vaincus !" réplique Athéna, un sourire de joie sincère aux lèvres.

 

A peine ces mots prononcés, l'espace semble se tordre autour d'eux, le couloir disparaître pour céder la place à une salle ample... Une salle où se trouve une immense porte géante à double battants, ornée d'un pentacle maléfique. Chaque branche du pentacle complétée par un sceau dont l'éclat est désormais terni. Comme si l'espace s'était maintenant déplié et replié sur lui-même, comme si le labyrinthe avait définitivement cessé d'être, tous ceux qui l'arpentaient jusqu'à maintenant firent leur apparition.

 

Shiva de Chrysaor, fier dans son Ecaille, suivi de près par Daniel du Renard. Et après eux...

 

Les vaillants Aiolia et Aiolos, bras dessus-dessous, s'épaulant pour tenir debout tant bien que mal.

 

Enfin, arrivent les Généraux de Poséidon survivants, Sorento, soutenu par Sergueï, encore à demi-inconscient, couvert de blessures.

 

Le Dieu des Mers accueille d'un sourire chaleureux tous ces valeureux guerriers, qui sont rassemblés pour ce qui est maintenant le combat final... Seule Athéna semble attristée de ne pas voir ses cinq Champions revenus sains et saufs. Mais elle chasse vite la tristesse. Ils viendront sûrement. Et quand bien même, c'est eux qui ont ouvert la voie jusqu'à Arès. Jusqu'au combat final. Cela était bien suffisant.

 

"Sorento ! Ton armure..." s'exclame Aiolia, ébahi par l'aspect de l'écaille de la Sirène Maléfique.

 

Armure. Ce mot semble éveiller quelque chose en Sorento, qui semble avoir perdu prise à la réalité. Ecaille Divine. L'armure qu'il a reçue de Poséidon. Poséidon qui est devant lui, qui l'a aidé, lui ainsi que...

 

"SHUN !" s'écrie le Général, retrouvant brusquement contact avec la réalité, ainsi que tous ses sens, devant une assistance surprise. Quelques secondes de calme lui sont accordées, lui permettant de pleinement reprendre conscience, et permettant aux guerriers de se demander ce qui avait pu arriver de si grave au Chevalier Andromède, et aux Chevaliers miraculés.

 

C'est le Dieu des Océans qui prend la parole, avec sérénité, comprenant l'importance de ne pas brusquer les choses.

 

"Calme-toi, Sorento. Explique nous plutôt ce qui s'est passé. Qu'est-il arrivé à Shun ?"

 

Sorento reprend son souffle pendant plusieurs secondes avant de répondre, presque sanglotant, toujours horrifié... Comme un guerrier sorti d'un champ de bataille qui a plus détruit son âme que son corps.

 

"Lui et moi... avons livré bataille contre Eris... Et elle s'est auto-détruite pour nous abattre tous les deux... Mais Shun m'a protégé à la dernière seconde... Et j'ai perdu connaissance, propulsé comme un fétu de paille... Je l'ai juste vu me projeter hors du champ de l'attaque d'Eris..."

 

Chaque guerrier présent baisse un instant les yeux, silencieusement, comme un hommage au courage et à l'abnégation du Chevalier Andromède. Silence bien vite rompu...

 

"Que le dernier Acte commence, maintenant que tous les acteurs sont réunis, très chers Athéna et Poséidon... Mes félicitations pour être arrivé si loin !"

 

Telle est la voix d'Arzan, d'Arès, qui résonne alors que les battants s'ouvrent, donnant sur la salle du trône d'Arès, où ce dernier trône nonchalamment, tenant un calice à la main. Dany ne peut réprimer un haut le coeur, face à ce Dieu craint par tous ses pairs. Shiva, Sergueï et Sorento attendent avec anxieté le début des hostilités. Aiolia et Aiolos observent, conscients de leur faiblesse, prêts à intervenir au prix de leur vie s'il le faut.

 

Mais Poséidon leur barre la route de son trident, prenant la tête, avançant déterminé vers la porte. Cependant, son regard est très légèrement retourné vers les guerriers, et ils peuvent y lire une certaine inquiétude malgré la froideur apparente qu'il tente de montrer.

 

"Le combat qui va à présent se dérouler n'a rien à voir avec ce que vous connaissez... Même nous, des Dieux, ne sommes pas certains d'en sortir indemnes. Vous avez le droit de vous retirer ici si vous le désirez, guerriers."

 

A ces mots, à cette preuve de renoncement à sa propre fierté, les guerriers peuvent mesurer la vérité des paroles de celui qu'on appelle Ebranleur du Sol. Mais ils ont juré de combattre, et ne peuvent pas reculer maintenant non plus. L'hésitation et la réflexion ne durent qu'une fraction de seconde, suivies d'un geste commun à tous ces guerriers, dont les coeurs sont à l'unisson en cet instant. Tous, Chevaliers d'Argent, d'Or, Généraux, serrent le poing, déterminés à combattre, fixant le couloir sombre menant au trône du Dieu de la Guerre, franchissant le pas vers l'entrée.

 

Franchissant la porte béante ouverte comme la gueule d'un loup aux crocs acérés, ils plongent dans les ténèbres de la pièce, une salle du trône à l'aspect indéniablement royal, et sinistre par les tons rouges et flamboyants que revêtent le minerai rouge qui forme les murs. En son centre, ce qui semble être une fontaine, d'où s'écoule un liquide rouge... comme le sang. Comme un coeur qui bat. Un sursaut d'horreur visible dans les yeux d'Athéna suit cette réalisation. Le dégoût se lit sur le visage des autres guerriers.

 

"Les braves sont donc tous rassemblés ici..."

 

La voix d'Arzan se fait entendre devant eux, alors que tel un rideau, les ténèbres se dissipent pour révéler l'aspect d'Arès revêtu de son Armure Démoniaque, cet impressionnante tenue métallique rouge sang, ailes déployées, comme un Démon prêt à combattre, son épée pendant à son côté, dans son fourreau. D'instinct, ressentant la présence guerrière de l'ennemi, les Chevaliers et les Généraux se mettent en garde. Seuls le Dieu Poséidon et la Déesse Athéna se contentent de fixer immobiles Arès droit dans les yeux. Ce regard si sombre, comme donnant sur une abîme.

 

"Je vais vous prévenir tout de suite. Ce combat ne connaîtra qu'une issue : ma mort, ou bien les votres." lance-t-il d'un ton dénué d'ironie. "Il est impensable pour vous de me sceller alors que je suis totalement incarné dans ce corps. Cela ne marchera pas comme avec toi jadis, Poséïdon."

 

-"Penses-tu seulement que nous ayions pris la peine de préparer l'Urne d'Athéna ? Comme tu l'as dit, nous allons en finir une bonne fois pour toutes !" réplique Poséidon, sentant sa colère affluer, alors que son cosmos l'enveloppe, chargeant son trident d'énergie. "Les généraux de tes légions, tes éléments les plus puissants, sont tombés au combat. Il ne te reste aucun atout en main. Aurais-tu la prétention de nous défier, moi, Athéna et tous les guerriers ici présents, et de pouvoir vaincre ?"

 

Un sourire ironique s'inscrit sur le visage du Dieu de la Guerre.

 

"Cher 'oncle', il est vrai que le nombre me met en grand désavantage. Mais pourquoi crois-tu que dans les temps mythologiques, j'étais le fer de lance de l'Olympe ? Tu dois t'en souvenir."

 

Oh oui, il s'en souvient, le fier Dieu des Océans. Le souvenir d'une époque glorieuse, avant la déchéance du Dieu de la Guerre, avant qu'il ne devienne ce démon assoifé de sang et de haine...

 

"Arès, je n'ai jamais pu te poser la question directement, car l'occasion ne m'en a jamais été donnée depuis la mythologie. Pourquoi ? Pourquoi t'es-tu ainsi détourné de l'Olympe, et rebellé contre ton propre père Zeus ? Je ne te crois pas assez superficiel pour qu'il s'agisse d'une simple vengeance à l'encontre de ta soeur."

 

-"Tu vois juste. Ce n'est pas un idéal de vengeance qui me pousse, mais bien un idéal de justice. Je me bats pour un objectif bien plus grandiose. Athéna, les mots que j'ai prononcés alors que toi, Saori Kido, recevait le Général Arzan, ces mots n'étaient pas des mensonges."

 

Arès lève le poing serré, accompagnant ses mots, témoin de son dévouement total à son idéal.

 

"Je vais rendre à cette humanité, à cette Terre affaiblie et pourrie tout son éclat. Et pour cela, je n'ai pas peur d'affronter encore une fois tous les Dieux comme je l'ai déja fait."

 

Un bruit métallique accompagne ces derniers mots alors qu'il dégaîne son arme, l'Epée Démoniaque, et qu'il la brandit, prêt à engager le combat. Athéna ne peut s'empêcher de sursauter à ces mots. Il semble totalement convaincu de ses paroles. Si son Cosmos ne résonnait pas avec cette teinte si noire, il résonnerait avec la splendeur incomparable de la sincérité. Au point qu'entre une folie incurable et une intelligence supérieure dédiée à son idéal, il n'y a plus qu'un pas. Les deux sont indéniablement réunis en un chez Arès.

 

Restés en arrière, entre eux, les Chevaliers observent l'échange avec horreur.

 

"Il croit vraiment ce qu'il dit... Mais ce n'est même pas du fanatisme... C'est pire que cela... C'est une logique froide et implacable comme celle d'une machine qui l'anime. On jurerait presque..." lache Sergueï perdu entre terreur, étonnement et son instinct qui au plus profond de lui le porte et le pousse à tenir sur ses jambes, fermement.

 

-"... qu'il a raison ?" complète Sorento, d'un ton interrogatif, repensant à sa confrontation avec Eris, celle-la même qui l'a poussé aux frontières de la raison et de la folie, conscient que ce qu'il vient de dire est proche d'une hérésie absolue.

 

Un Dieu qui veut éradiquer l'humanité ne peut avoir raison. Même si c'est pour la faire renaître plus forte... Sorento réalise la cruelle ironie du sort, une nouvelle fois.

 

C'est Aiolos qui répond, alors qu'une nouvelle idée a germé dans son esprit. "Alors, Dieu de la Guerre, admets-tu que si l'humanité possède déja cette force dont tu parles, ton combat serait inutile ?"

 

Un léger rictus se forme sur le visage du Dieu de la Guerre, sans que celui-ci n'ouvre la bouche pour répondre. Un rictus qu'Aiolos peut lire ainsi... "Peut-être bien... A toi de le découvrir."

 

Mais cette fois ce sont les deux Olympiens, Athéna et Poséidon qui sont pris par la surprise. En un geste machinal, leurs mains se resserrent sur leurs attributs divins, le sceptre Niké de la Déesse de la Guerre et le trident de l'Empereur des Mers.

 

"Moi, le Dieu qui autrefois était le fer de lance de l'Olympe... Ce n'est pas parce que j'ai trahi et renié l'Olympe que ma puissance a diminué... Loin de là."

 

Comme une flamme rouge, son Cosmos s'enflamma alors, tandis que les ailes attachées à son armure se déployaient. Le Démon était prêt au combat. Machinalement tous les combattants se remettent en garde, comme si l'adrénaline qui coulait maintenant dans leurs veines avait déclenché ce geste. Une seule pensée les anime, une simple interrogation : "Que sera donc un combat contre un Olympien déchu ?"

 

Seuls deux des protagonistes n'ont pas cette hésitation car ils le savent, ô combien trop bien. C'est presque une expression de résignation déterminée et froide qui se lit sur leur visage alors que le premier assaut a lieu... Explosion pure de Cosmos, de lumière et de son.

 

Le Chevalier d'Argent du Renard est projeté en arrière, ayant à peine eu le temps de ressentir l'explosion. Il est déja encastré dans le mur, avant même que l'impact de son corps ne parcoure ses nerfs en une explosion de douleur vite endiguée à grands renforts d'endorphine et de volonté pure. La question qu'il a à peine eu le temps de former dans son esprit, encore à l'état de concept, a déja trouvé une réponse, alors que la sensation de cinq impacts dans le mur lui parvient à l'esprit. Ses amis n'ont pas eu le temps d'esquiver non plus. Aiolia, Aiolos, Sorento, Sergueï et Shiva le dernier ont subi le même sort. Et tous ont également eu le réflexe de se mettre dans une position qui leur permet de revenir en garde instantanément.

 

Avant même que l'image parvienne à leurs nerfs optiques, ils savent déja grâce au septième sens qu'un assaut impitoyable s'est engagé entre Athéna, Poséïdon et Arès. Et si sur le visage de Poséïdon elle n'eut pas paru déplacée, jamais ils n'auraient imaginé une telle expression, froide comme l'acier, et aussi déterminée sur le visage de la Déesse de la Guerre et de la Sagesse, alors qu'elle brandissait le sceptre de la Victoire comme une lance, accomplissant des mouvements de combat absolument irréels, parfaits en technique comme en vitesse et en grâce. A son coté l'Empereur des Mers faisait montre de capacités physiques qui ne déméritaient pas non plus. Une endurance, une vitesse et une force de frappe soutenue que peu de mortels pouvaient égaler.

 

Le rapport était bel et bien celui qu'un homme normal éprouverait en contemplant le combat d'un Chevalier d'Or. Mais il s'agissait ici de combattants éveillés au 7ème sens assistant à un combat de Dieux. Et le plus sidérant n'était pas le combat de véritables titans qui se déroulait ici, mais le fait qu'Athéna ait bien pris les armes ! Non seulement elle avait les armes à la main, mais elle combattait comme une guerrière acharnée, froide, si différente de la Déesse pleine d'amour qu'ils connaissaient jusqu'alors. Si la vitesse de la lumière était la limite dont même les Dieux ne pouvaient s'affranchir si facilement, la question de la puissance et de technique en revanche était tout autre. Une fois de plus tous les combattants réalisaient la puissance de la volonté à l'état pur. Une volonté primale, si puissante, que maîtrisée, elle devenait réalité. C'était là une bataille d'ouverture d'esprit, ni plus ni moins.

 

Le plus effrayant était cette facilité déconcertante avec laquelle Arès semblait bloquer les assauts combinés d'Athéna et de Poséïdon. Il répondait à leurs masques de froide détermination par un sourire ironique et assuré. Le sourire du guerrier qui est maître du duel et qui n'est pas poussé dans ses derniers retranchements. Et qui, plus important, le sait pertinemment. Bien vite, un autre fait devient clair. Poséïdon est à la limite de sa science du combat. Il n'est pas un combattant né, et ne se donne pas dans son domaine de prédilection. Le plus grand des guerriers mortels n'aurait que peu de chances contre lui, réalise Aiolos, mais... Contre quelqu'un possédant une volonté si puissante, et l'incarnant dans un concept est fondamentalement lié au combat, un autre concept est forcément plus faible...

 

Un nouveau malaise assaille Aiolos alors qu'il constate qu'Athéna ne semble pas pouvoir faire mieux que Poséïdon... Mais pour des raisons différentes... Elle semble se refuser à se donner toute entière... Même contre Arès, elle retient cette titanesque énergie et cette incroyable science du combat qui est la sienne, celle de la Déesse tacticienne de la Sagesse et de la Guerre. Quelque chose l'en empêche. Cela se lit désormais sur son visage, alors qu'elle constate que tous ses assauts sont implacablements parés : elle ne veut pas se résoudre à utiliser toute sa force.

 

Déflagration de cosmos de la part d'Arès, repoussant à une distance de quelques mètres ses ennemis. L'assaut n'est pas pour autant brisé, Arès ne fait que tenir à distance ses adversaires par une barrière d'&eac