Annexe 2 : Les larmes de sang! La mélodie du destin! - Chi no namida! Unmei no senritsu!

Juillet 1982, France

En France, une famille à priori normale.

Deux enfants, totalement différents, l'un âgé de 6 ans, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, l'autre, âgé de 12 ans et aux longs cheveux noirs, rentraient tranquillement de l'école, semblant ne se soucier de rien d'autre que le moment présent, malgré les difficultés de leur mère. Difficultés dont ils ne soupçonnaient rien, dissimulées derrière le maigre sourire de leur mère.

Malgré la joie qui semble illuminer les visages des deux enfants, leur famille n'était pas ce qu'on pourrait appeler un foyer heureux. La première chose qui frapperait, est l'absence de présence paternelle. Ensuite, le visage usé, bien que jeune de la mère. La marque du malheur, d'une vie difficile, mais malgré tout une certaine dignité. Malgré tout, il reste sur le visage de cette femme un sourire bienveillant, bien que quelque peu forcé, tel un masque destiné à protéger sa progéniture de la dure réalité.

Ce n'était pas tant que la vie lui était difficile à vivre, elle avait un travail et touchait une pension bien suffisante pour élever ses enfants... Mais sa physionomie avait tout de la personne qui porte un poids incommensurable sur la conscience, et qui est rongée par ce poids. Un poids tel une épée de Damoclès qui peut s'abattre à tout moment, et contre lequel elle ne peut rien.

Une fois encore cette même réflexion lui traverse l'esprit. Non, plus exactement, un souvenir. Comme un film qui se repasse en boucle dans sa tete. Et dont la chute lui arrache à chaque fois un pan de raison et d'équilibre.

Elle avait rencontré ce charmant industriel Japonais, il y a un peu plus de douze ans, et malgré une grande différence d'age, elle s'était noyée dans son amour pour lui, et l'avait suivie au Japon. Là-bas, il avait pourvu à tous ses besoins, bien que sa présence auprès d'elle se fasse rare, mais elle vivait un reve. Leur concubinage vit naitre un premier enfant, qu'elle prénomma Kiyoshi, ses cheveux noir de jais rappelant les origines japonaises de son père.

Pendant trois ans, elle mena une vie aisée à Tokyo, élevant son fils, et ne manqua de rien, malgré de fréquentes absences de la part de l'homme. Ce fut au bout de ces trois ans que son amant rentra de Grèce, comme transfiguré. Il avait l'air d'avoir pris dix ans d'un coup, tant ses cheveux avaient blanchi. En outre, une lueur presque fanatique semblait illuminer son regard, ainsi qu'une détermination d'acier.

Les trois années qui suivirent furent bien loin de l'idylle, cependant elle s'accrocha à lui, les jours, parfois espacés de plusieurs semaines, où il était à ses côtés. Puis elle trouva un jour, alors qu'elle était enceinte de leur second enfant, dans la serviette de travail du riche homme d'affaires une liste de noms de femmes, d'enfants, d'orphelinats... Plus de la moitié avait été cochée. Lorsqu'elle questionna son amant sur le sens de ce document...

Sa réaction ne fut ni surprise ni colère. Elle vit son regard presque devenu fou, alors qu'il lui contait son projet grandiose de faire revivre une légende, légende pour laquelle ses enfants seraient sacrifiés, Kiyoshi ainsi que son fils à naître dans les mois prochains. Prise de peur, à l'idée d'avoir cotoyé toutes ces années un fou, un fanatique religieux, peut-être même membre d'une secte assassine, et qui était prêt à envoyer à la mort ses enfants, elle s'enfuit sans demander son reste, prenant avec elle son premier fils, qui ne comprenait pas encore pourquoi il fallait s'éloigner de papa.

Elle s'empressa de vider et de clore ses comptes en banques, et de rentrer en France pour s'installer dans un petit village loin de tout. Mais quelque part, au fond de son esprit, elle savait. Il était si puissant, rien ne pourrait lui échapper. Ce n'était qu'une question de temps. Mais elle voulait vivre son rêve, encore, encore une fois, loin de toutes ces histoires, avec ses enfants. Elle donna naissance à un second enfant, qui hérita des cheveux blonds de sa mère, et l'appela Daniel.

Pendant quatre ans, elle put presque totalement oublier cette histoire sordide, et vivre heureuse en élevant bien que seule ses enfants. Au moins l'homme avait-il eu la décence de ne pas questionner son départ et de lui verser une pension mensuelle sur son nouveau compte en France, qu'il avait semble-t-il obtenu sans la moindre difficulté. Dans les premiers temps, elle prit peur, car il l'avait retrouvée si facilement ; Mais il ne montra aucun mouvement, aucune volonté de reprendre le contact, ou de lui imposer cette sordide proposition de sacrifier ses enfants, si bien qu'elle put presque tout oublier.

Mais à nouveau, cela ne dura pas. Une lettre arriva, un matin de l'été 1980... L'homme voulait reprendre le contact, et souhaitait se voir confier la garde des deux enfants, pour ce même sordide projet qui l'avait transfiguré, et fait de lui un diable au coeur de glace. Ce fut alors que la lente descente vers la souffrance et le malheur commença. Chaque mois une nouvelle lettre venait, la sommant de reprendre le contact. Ce manège dura ainsi pendant deux ans. Au bout de quelques mois seulement, le contenu de la lettre avait changé et il semblait que ce n'était plus lui qui s'adressait directement à elle, comme si c'était une autre personne, plus distante, qui avait rédigé le document, mais ces lettres portaient un poids trop lourd et trop insoutenable pour qu'elle puisse s'en apercevoir. Elle était même incapable de déchirer les documents, totalement écrasée par la présence invisible de l'homme, par sa main si puissante qui pouvait s'étendre aux quatres coins du globe...

Ce fut une dernière lettre qui déclencha le drame...

Un soir, alors que Daniel rentrait de l'école, tenant la main de son grand frère, Kiyoshi, tout bascula pour eux. L'aîné lacha un cri d'horreur en voyant sa mère pendue au plafond, une chaise au sol renversée. Sans doute la vie était-elle devenue trop dure à supporter pour elle, mais ni Daniel, ni Kiyoshi ne purent comprendre sur le moment les sentiments qui l'avaient poussée à accomplir ce suicide, les laissant en proie à une peine incommensurable.

Après l'avoir tant bien que mal descendu du plafond, Daniel s'était penché sur le cadavre de sa mère, tentant désespérément de le faire bouger, de la ranimer, sans y parvenir. Kiyoshi restait debout, incapable de bouger, comme hypnotisé par ce qu'il voyait, tandis que les larmes coulaient à flots de ses yeux.


-"Alors ? Comment vont-ils ?"

Une salle d'hopital. Deux infirmières qui discutent, profitant que leur tâche soit momentanément terminée pour prendre une pause bien méritée.

-"Difficile à dire... Ils sont tous les deux dans un état critique... Ils ont perdu plus d'un tiers de leur sang... C'est presque étonnant qu'ils soient toujours vivants..."

Les deux femmes jettent un regard sur le mur derrière lequel les deux enfants sont allongés, un regard plein d'incompréhension et de tristesse mêlées. Ce regard que l'on a pour les victimes d'un accident horrible qu'on vient d'entendre aux nouvelles.

-"Mais que s'est-il passé ?"

-"Leur mère s'est suicidée... La malheureuse ne devait plus supporter sa vie... Et ils ont du s'entailler les veines en voyant leur mère pendue... Ils étaient pratiquement exsangues quand cet homme les a retrouvés..."

-"Mon Dieu... Quelle horreur... Des enfants si jeunes... Mais cet homme d'ailleurs, qui est-ce ?"

-"Je crois qu'il n'est pas du village, ni même du pays... Il a l'air d'un vagabond et il m'a l'air très jeune... Mais ce qui m'intrigue, c'est la caisse dorée qu'il porte sur son dos..."

Pendant ce temps, les deux enfants, de l'autre côté du mur dorment d'un sommeil sans rêve, sous la surveillance des équipements médicaux, leurs corps alimentés par une perfusion. Les poignets encore tâchés de sang sont couverts de bandages.

L'un des deux enfants ouvre les yeux... C'est Daniel. Il se sent comme flottant, pris dans une douce torpeur qui ne demande qu'à le rappeler à lui, douce et froide, la torpeur de ceux qui sont en train de cotoyer la mort. Pourtant, la curiosité l'emporte sur le sommeil, alors qu'il se demande où il se trouve, encore mal réveillé.

Il a entendu dans son demi-sommeil les paroles des deux infirmières dans la pièce à côté... Malaise. Un hôpital ? A-t-il eu un accident ? Que s'est-il passé ? Et ce ton... La peur face à ce que l'on ne comprend pas. Un regard sur ses poignets. Le rouge. Un déclic dans son esprit se produit, un premier souvenir se ravive alors que l'endorphine semble se tarir à toute vitesse dans ses veines, et que la couleur s'échappe de son visage, qu'il tourne vers le lit à sa gauche... Son frère. LUI. Sueurs froides. Un souvenir traverse son esprit dans un éclair rouge...

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-"Kiyoshi... Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?"

-"Rejoindre maman..."

-"Mais comment ? Tu es sûr que..."

-"Fais moi confiance... Viens mourir avec moi... On va la rejoindre..." dit-il, un couteau à la main, dont la lame scintillait. Un jet de sang aveugla alors la vision de Daniel, en même temps que ses souvenirs et sa conscience.

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"AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHH !!!!!"

Un hurlement de terreur traversa la gorge de Daniel tandis qu'il voyait son frère à nouveau, et que ce souvenir terrifiant traversait sa mémoire.

Deux secondes à peine s'écoulèrent avant que les infirmières n'arrivent, alertées par ce hurlement.

Une fraction de seconde, et les infirmières retrouvent leur sang-froid. La réaction face à un patient agité vient de s'inscrire automatiquement dans leurs pensées, comme la solution à appliquer à cette situation.

-"Vite ! Maintiens-le, je vais lui faire une injection de valium !"

-"Tout de suite !"

La première infirmière maintenait Daniel tandis que la seconde préparait la seringue, et s'affairait à injecter le liquide voleur de conscience. Quelques secondes de lutte plus tard, il se détendit progressivement, avant que sa conscience ne sombre de nouveau.

-"Mais qu'est-ce qui a pu se passer ?"

-"Je ne sais pas, mais il va falloir signaler ça à l'infirmière-en-chef... Je vais demander à rester ici pour les veiller, au cas où..."

Acquiescement. C'est là ce qui semble être la solution la plus raisonnable.

Un coup d'oeil rapide sur sa montre lui indique qu'il est maintenant deux heures du matin.

Baillement.

-"Espérons que ce soit tout pour cette nuit..." pense l'infirmière alors qu'elle s'assied sur une chaise, veillant sur ses deux patients.

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"AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHH !!!!!"

Bruit de chute. Un sursaut brusque, accompagné d'un réveil imprévu.

"Encore ?!" pense l'infirmière, avec une certaine exaspération momentanée, causée par la surprise de ce réveil, alors qu'elle observe Daniel hurler à plein poumons, cette fois comprenant que l'objet de sa terreur n'est autre que son grand frère toujours inconscient, lui.

"Pourvu que ça ne continue pas comme ça toute la nuit..." pense l'infirmière alors que sa collègue accourt et s'empresse de répéter la procédure effectuée il y a à peine deux heures, intriguée par le fait que la dose de calmant ait déjà perdu son effet.

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-"Je crois que les séparer était la seule solution... Le petit ne peut plus voir son frère... Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais ça doit être vraiment horrible... Les malheureux..."

-"Oui... Tu as vu l'expression d'horreur dans son regard quand il a vu son frère ?"

-"On avisera demain... Maintenant, ils sont dans des chambres séparées, il ne devrait plus y avoir de problèmes avant la matinée..."

Les deux infirmières éteignirent la lumière et quittèrent la chambre. Quelques instants plus tard, une fenêtre s'ouvrit plus largement, révélant une silhouette, appuyée sur le rebord de la fenêtre, vêtue de simples vêtements, et brillant d'une aura chaleureuse et douce.


Daniel se réveilla sur un lit de paille, encore faible. Il était dans ce qui semblait être une case rustique. Pas d'éléctricité. Un bâtiment entièrement construit à la main, qui avait des airs de légendes. Quelques ustensiles ça et là, mais rien de "moderne". Il se demanda s'il était toujours en France. Tournant la tête, il vit son frère Kiyoshi allongé dans un lit placé en face du sien. Réaction nerveuse, sa main se resserra sur le drap. Mais la curiosité surpassait la terreur. Il tenta de se lever, mais un vertige lui démontra que son corps lui intimait l'ordre de rester couché. Il regarda ses mains, constatant qu'elles étaient bandées et qu'il n'y avait plus de sang.

-"Ah... Enfin réveillé." énonça une voix, dans un français parfait.

Le jeune garçon sursauta, se retournant en direction de la voix. Il n'avait pas remarqué l'adulte. Cheveux noirs et rebelles encadrant un visage calme mais dur. La première impression qu'il eut en le voyant paré d'une tenue simple de tissu et de cuir fut qu'il était en face soit d'un artiste de cirque, soit d'un guerrier sorti droit d'une légende. Dans tous les cas, il se contenta de regarder avec incrédulité cet homme qui venait de parler.

-"Mais qui... Qui êtes-vous ?" se risqua-t-il enfin, après un long silence.

-"Je m'appelle Shura. Et je suis ce qu'on appelle un Chevalier."

-"Un Chevalier ? Comme dans les légendes ?"

-"Si on veut. Je suis le Chevalier d'Or du Capricorne. Et toi et ton frère, vous êtes ici au Sanctuaire." dit-il simplement.


Deux jours. Deux jours que Shura du Capricorne a enlevé les deux frères au repos de leur lit d'hôpital, pour leur offrir le destin de Chevalier. Ne pouvant pas vivre avec son frère, ils ont été envoyés dans des camps d'entraînement séparés. Daniel a été envoyé sur l'Île Canon, tandis que Kiyoshi a été envoyé dans la région des marais de Lerne.

Daniel, une fois arrivé au camp d'entraînement de l'île, se rappelait encore la discussion avec Shura, tandis que le bâteau qui l'avait amené sur l'ïle Canon repartait en direction du Sanctuaire, avec à son bord le Chevalier d'Or.

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-"Mais... Pourquoi vous nous avez amenés ici ?"

-"Pour faire de vous des Chevaliers."

La nouvelle était un peu grosse. Daniel s'imagina un instant qu'il avait été enlevé par des fous, ou des extraterrestres, ou des monstres. Et que maintenant on les enrôlait ou qu'on les promettait à un esclavage éternel, à une souffrance sans fin. Mais il voyait que malgré la dureté apparente de Shura il y avait "quelque chose" de doux et chaleureux en lui. Il ne pouvait pas être si méchant que ça. Donc, être Chevalier, ça devait être quelque chose de bien aussi.

-"Des Chevaliers ? Nous ?" osa-t-il enfin demander, remis de sa surprise.

-"C'est cela même. Toi et ton frère, vous avez un destin à accomplir sur cette Terre. Vous possédez ce qu'une poignée d'êtres ont. Le Cosmos!"

Shura avait annoncé ce mot comme une révélation. Daniel l'avait déjà entendu, c'était un mot compliqué pour désigner ce qui se trouvait dans le ciel, avec la nuit et les étoiles. Mais là, il ne comprenait pas.

-"Le Cosmos ?"

-"Oui. C'est une force incroyable qui permet aux hommes de fendre les montagnes et le ciel. Tout le monde la possède, mais il n'y a pas beaucoup d'hommes qui la maîtrisent de façon si innée. Très peu peuvent l'éveiller et l'utiliser... Mais chez vous, elle semble prête à jaillir de vos corps. C'est pour ça que je vous ai enlevés. J'ai entendu votre histoire, et je sais qu'à présent vous êtes sans le moindre recours ou la moindre famille. Si toi et ton frère acceptez, vous pouvez avoir un destin hors du commun, et devenir des êtres d'exception. Ou sinon rester de simples êtres humains. Alors, qu'en penses-tu ?"

Shura avait parlé calmement et d'une voix qui se voulait rassurante. Daniel avait l'impression de voir une main tendue vers lui. Et il voyait "quelque chose" de magique dans ce titre de Chevalier. Quelque chose de formidable, et il voulait voir, il voulait savoir. Il sentait de façon confuse que cet homme disait la vérité. Il restait pourtant totalement modéré dans sa façon de décrire les choses, et ses yeux, son regard plongé droit dans celui de l'enfant indiquait une parfaite sincérité. Daniel y lisait que Shura comprenait sa souffrance, et qu'il savait qu'accepter l'offre aurait aussi son lot d'épreuves, peut-être pires encore. Mais malgré tout...

-"J'accepte."

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Depuis qu'il avait prononcé ce mot, plein de rêves et d'espoirs, il avait perdu certaines de ses illusions maintenant qu'il était confronté à la réalité. Il était seul, sur ce qui servait de quai et où il semblait difficile de croire qu'on pouvait attacher un bâteau. Il s'assit, lassé d'attendre, comme s'il était résigné, et cette fois, seul. Comme pour tuer le temps, il se rappella ce que Shura lui avait dit à propos de l'homme qui deviendrait son professeur. Un ancien Chevalier d'âge respectable, qui avait été le Chevalier d'Argent de Céphée, et qui avait maintenant cédé son armure à la nouvelle génération, il y a deux ans, à un jeune Chevalier du nom de Daidalos.

Alors que le jeune garçon était perdu dans sa rêverie et dans les souvenirs de ce que Shura lui avait raconté sur la Chevalerie, les castes de Chevaliers, et quelques légendes entourant les plus grands d'entre eux, un homme d'âge mur aux cheveux blancs. Il avait probablement la cinquantaine. Il portait une tenue similaire à quelques détails près à celle de Shura, ou des gens qu'il avait pu voir au Sanctuaire.

-"Je suis Eraos, le gardien de cette île et ancien Chevalier de Céphée... C'est donc toi qu'on envoie à moi pour devenir Chevalier..."

Le vieil homme regardait l'enfant de son oeil bienveillant, mais néanmoins sévère. Il jaugeait le petit bout d'homme qui se tenait devant lui.

-"Il a l'air chétif... Mais mon Dieu qu'il est pâle... Il a l'air exsangue... Shura ne m'avait pas menti. On dirait qu'il va s'effondrer comme une feuille au premier coup de vent... Mais le Cosmos est bien là..."

Daniel répondit enfin à son interlocuteur, inquiété par ce regard inquisiteur.

-"Oui... C'est cet homme, Shura, qui m'a envoyé ici... Je m'appelle..."

-"Je sais. Shura m'a parlé de toi. Il m'a raconté ton histoire, Daniel. Mais tu sais, tu as une chance rare... Tu as rencontré l'un des douze Chevaliers les plus puissants au monde, et il t'a offert une chance unique. Celle de développer le don du Cosmos."

Eraos se voulait rassurant. Mais le jeune garçon, maintenant bien loin de ses rêves, se demandait maintenant quelle était cette force dont on ne cessait de lui parler. Cela lui faisait presque peur. Surtout s'il était maintenant seul au monde, ou presque...

-"... Mais à quoi ça sert, ce don ? Maintenant que je suis seul, que je n'ai plus aucun avenir, plus rien..."

-"Petit... Tu te trompes, tu n'es plus seul... Depuis que Shura t'a pris sous son aile, tu peux considérer le Sanctuaire et les Chevaliers comme ta nouvelle famille. Et en tant que Chevalier, ce que nous pouvons t'offrir, c'est un avenir. Nous combattons pour que le monde entre dans un âge de paix, là où les forces du mal menacent la Terre! Et toi le premier, tu sais que tu te trompes, quand tu dis ne plus avoir d'avenir... Au fond de toi même tu veux savoir où cette puissance cachée te mènera... C'est pour ça que tu vis encore et que tu es là aujourd'hui." dit-il en posant sa main sur l'épaule de Daniel, avec un sourire qui révéla toute la chaleur humaine qu'il cachait sous cet air sévère, tel un soleil qui tentait de faire fondre la glace entre lui et ce jeune garçon qui allait devenir son disciple.

Il savait. Shura lui avait raconté l'horreur de l'histoire de ces deux enfants dans les moindres détails. Le suicide de leur mère, et la tentative de double-suicide du grand frère. Ce dernier était maintenant sous la responsabilité de Shura. A bien y réfléchir, Eraos trouvait presque quelque chose de dérangeant dans la ferveur que Shura mettait à s'occuper du jeune homme. Comme s'il était obsédé, et qu'il souhaitait à tout prix en faire un Chevalier, quand bien même ce serait contre son gré... Et tout Chevalier digne des légendes qu'il puisse être, il semblait à Eraos qu'il risque de commettre d'irréparables erreurs pédagogiques.


Kiyoshi, d'humeur sombre et pourtant impassible, ne savait plus quoi penser. Shura avait eu une discussion avec le jeune garçon, qui s'était finie d'une façon pour le moins inattendue. Et dans sa case de fortune, perdue dans cet endroit qu'on nomme les Marais de Lerne, retranchée du monde, à peine fournie avec les ustensiles nécessaires à la survie et au confort élémentaire, il se remémorait l'échange.

--

Le Sanctuaire. Un jeune garçon se rue hors du barraquement, visiblement furieux. Il frappe le sol du poing. Derrière lui, un jeune adulte aux cheveux noirs. Shura. Qui se contente d'observer l'adolescent.

-"Alors petit, que comptes-tu faire maintenant ?"

-"Absolument rien... Qui m'oblige à vous suivre ? Je veux rentrer chez moi !" répliqua l'adolescent avec rage.

Léger ricanement de la part de Shura.

-"Rentrer chez toi ? Laisse-moi rire. Tu as les yeux de quelqu'un qui n'a plus aucune raison de vivre. Qui n'a plus nulle part où aller. Et qui veut en finir."

Kiyoshi tique nerveusement. Il a toujours détesté cette sensation de n'être qu'un livre ouvert pour autrui. Il se retourne pour regarder dans les yeux Shura.

-"Et que ce soit le cas ou non, si je te laissais partir par tes propres moyens, vu que tu n'es qu'un gamin banal et sans entraînement, tu ne ferais que te rompre la nuque en bas de la première falaise venue. Mais tu m'en vois désolé, il est trop tôt pour toi pour mourir." continua le Chevalier d'Or d'un ton glacial. Il avait particulièrement insisté sur ces derniers mots.

-"Ah oui ? Et vous êtes qui pour décider ça ? Si je veux mourir, ça me regarde, non ?"

Shura s'avança vers lui d'un pas vif et lui asséna une gifle. Kiyoshi fut tellement choqué par le geste qu'il ne trouva pas quoi répondre, fixant le Chevalier avec incompréhension et colère. Shura fut cela dit surpris de ne voir aucune larme couler sur son visage.

-"Tu dis que tu as le droit de mourir parce que ça te regarde ? Pourtant tu as aussi tenté de tuer ton propre petit frère. Tu crois qu'il t'avait demandé quelque chose ?"

Le Chevalier d'Or fixait le jeune garçon avec une colère de plus en plus difficilement contenue. Il avait rarement vu un tel irrespect pour la vie d'autrui, surtout chez un enfant à priori "normal"... Lui-même ayant déjà eu à donner la mort et ayant failli mourir de nombreuses fois, il ne pouvait pas laisser dire cela. Le respect de la vie devait être la plus grande valeur d'un Chevalier.

-"Et d'abord, qu'est-ce que vous avez fait de lui, vous ?" demanda l'enfant.

-"Je l'ai confié à un maître pour qu'il suive un entraînement de Chevalier comme toi. Ne t'en fais pas, il va bien. Mais je ne sais pas si lui souhaite te revoir après ce que tu lui as fait." répliqua Shura, d'un ton neutre. Il ne voulait pas l'accabler inutilement, mais il y avait des choses qui devaient être dites.

Kiyoshi fixa le sol. Pour la première fois, il venait de réaliser l'horreur de son geste, alors que diverses sensations se répandaient dans son corps avec un jet d'hormones pures. Il avait tenté de prendre non seulement sa vie, mais la vie d'un autre. Tout ça par tristesse, par désespoir... Non, pas seulement. Une pensée horrible germa dans son esprit, comme une hallucination produite par l'excès d'adrénaline dans son sang. Il avait vu la mort de sa mère, il y avait vu comme une porte pour la rejoindre, il suffisait de la franchir, et pour ça, il suffisait juste de...

Brusque retour à la réalité. "Mais non, c'est impossible... Un mort est un mort, on ne peut rien y faire." tente de se raisonner sans réelle conviction le jeune garçon alors qu'il était sur le point de perdre pied.

-"C'est normal qu'il me déteste après ça... Maintenant vous comprenez ? Il ne me reste plus rien... J'ai tout fichu par terre, tout détruit..."

La voix du garçon avait perdu toute colère, toute arrogance. Il ne restait plus que de la tristesse, une tristesse qui semblait déboucher sur un abîme sans fond... Shura se sentait ému, quelque part, par ces mots. Il n'avait jamais vu pareille tristesse. Mais il ne pouvait pas laisser une vie pleine de promesses se terminer ainsi. Même s'il s'était agi d'un humain normal.

"Mais j'ai encore une chance de ne pas faire empirer les choses... C'est pour ça que je veux mourir. Moi et mon frère, nous étions des poids pour maman, c'est pour ça qu'elle s'est suicidée, c'était pour s'enfuir de cette vie..." continua Kiyoshi, comme perdu dans un délire auto-destructeur.

Shura s'apprêta à répondre, mais là où tous ses bons principes lui criaient qu'une mère ne peut pas ainsi rejeter ses enfants, en fait, il n'en savait strictement rien. Il ne connaissait pas la totalité de la situation. Il n'avait aucun droit d'émettre ce commentaire qui lui brûlait les lèvres. Mais bien vite, il se ressaisit. Quand bien même sa mère l'avait rejeté comme il le disait, ça ne faisait pas de lui un être indésirable dans ce monde et dans cette époque.

-"Et tu veux toi aussi t'enfuir et n'être qu'un lâche ? Alors que tu as encore toute la vie devant toi pour devenir quelqu'un, pour ne pas faire "empirer les choses", comme tu dis ? Comment peux-tu croire un instant que ta mère-"

-"TAISEZ-VOUS !!! TAISEZ-VOUS !!!" hurla le jeune garçon en se bouchant les oreilles. Shura sursauta, réalisant qu'il en avait trop dit. A aucun moment il n'avait versé la moindre larme. Il n'avait devant lui qu'un concentré de colère et de haine auto-destructrice sur le point d'exploser. D'instinct, Shura se mit en garde. Il sentait que quelque chose allait-

Hurlement. Le jeune garçon vient de pousser un cri de rage et de se jeter sur l'adulte, à une vitesse défiant l'imagination humaine, mais pas celle d'un Chevalier d'Or. Shura, passé la surprise initiale qui dura une fraction de seconde, durant laquelle il avait pu s'approcher à quelques dizaines de centimètres de lui, avait pu faire un pas de côté et esquiver ce coup qu'il estimait porté à plus de Mach 10. Puis se saisir du bras du jeune garçon et le bloquer avec une clé.

"Je ne m'étais pas trompé... Que de façon innée, il sache déjà à ce point utiliser son Cosmos... Ce gamin est appelé à un haut destin, il n'y a aucun doute. Je dois lui donner, malgré lui, les moyens de le concrétiser... Il le faut." pensa Shura alors qu'il avisait le jeune garçon désormais pris au piège, et que le temps semblait reprendre son cours normal.

-"LACHEZ-MOI !"

-"Seulement si tu te calmes. Calme-toi et regarde à tête reposée ce que tu viens de faire."

Kiyoshi réalisa soudain. Il était à cinq mètres de Shura il y a peu, et l'instant suivant il se trouvait juste à côté de lui, et il avait tenté de le frapper. C'était totalement instinctif, mais... Même lui réalisait qu'il s'était déplacé "trop" vite. Beaucoup trop. Il sentait tous ses muscles en feu, et c'était... bizarre. Est-ce qu'il était une sorte de monstre ? Tout à l'examen de son propre corps en proie à ces sensations entre l'extase et la douleur due à l'effort, Kiyoshi relâcha toute force dans ses muscles. Ceci convainquit Shura de lâcher prise. Il se replaça face au jeune garçon qui tomba au sol à genoux, sous le choc, essouflé.

-"Tu comprends mieux ce que je te disais quand je parlais de 'force' ? Ce que tu viens de faire, il n'y a pas beaucoup de gens qui en sont capables, même au Sanctuaire."

Cette fois, Kiyoshi semblait enfin disposé à écouter. Quelque chose avait réussi à captiver son intérêt et à le détourner de ses noires pensées un instant.

-"Laisse-moi te dire une chose. Tu es bien plus vieux que la majorité des apprentis, mais tu as un potentiel inégalé, et tu viens de me le montrer à l'instant. Je n'ai que très rarement ressenti une telle force intérieure chez un apprenti. De plus, regarde dans quel état tu es, tu as perdu un tiers de ton sang et pourtant tu es debout et tu as eu la force de me décocher un coup qui aurait pu tuer n'importe quel humain normal. Si tu n'étais pas aussi pâle personne ne saurait que tu t'es ouvert les veines."

L'esprit de Kiyoshi tout entier est tourné vers cette nouvelle donnée, cette nouvelle possibilité. Cette force, elle ne doit pas être juste physique, il doit y avoir énormément d'autres possibilités, si seulement...

-"Et cette force, à quoi est-ce qu'elle va me servir ? C'est comme de la magie ? Elle peut ramener les morts à la vie ? Changer le soleil en nuit ?"

Le Chevalier est pour le moins surpris par les paroles de l'enfant. Non seulement ce sont des propos morbides, qu'on ne s'attendrait pas à entendre dans la bouche d'un enfant de douze ans, mais il y a quelque chose dans ces mots qui frappe sa conscience de Chevalier, qui lui hurle de toutes ses forces que quelque chose ne va pas, qu'il est sur le point de commettre une erreur irréparable. Mais cette intuition, il la prit au contraire comme un signe qu'il fallait qu'il s'en occupe lui directement, qu'il lui serve de garde-fou. Aucun maître Chevalier de Bronze ou d'Argent ne saurait comprendre son potentiel et encore moins faire preuve d'empathie pour son histoire. Cela, il en était persuadé. Mais pourtant, malgré tout, le Chevalier du Capricorne ne pouvait effacer cette sensation de commettre une terrible erreur... Mais où ?

Enfin Shura se décide à répondre, sorti de ses pensées.

-"N'exige pas l'impossible. Et même si c'était en notre pouvoir, il est des règles que nul ne doit transgresser, pas même un Chevalier. Et tu dois savoir une chose, les pouvoirs d'un Chevalier ne doivent servir que la justice et Athéna. C'est une règle absolue, et tous y sont soumis. Car les Chevaliers ne sont que des hommes."

Le jeune garçon détourna le regard avec dédain. Il n'y croyait pas. Pour posséder une force pareille, il fallait être un monstre. Et cela voulait dire que lui aussi en était devenu un. Et en plus, ça signifiait devenir le serviteur d'une déesse...

"Ha ! Quelles foutaises... Athéna est une déesse de la mythologie grècque, elle n'a jamais existé ! Je le savais, je suis tombé chez des fous !" pensa le jeune homme, alors qu'il gardait le regard tourné vers le sol.

Le rictus moqueur et désinvolte qui se dessina sur son visage n'échappa pas à Shura. Néanmoins il n'en fit rien.

"Je ne vais pas te mentir, ce que je te propose n'est certainement pas aussi doux que la mort. Peut-être même qu'une vie d'âpres combats t'attendra. Mais maintenant j'en ai eu la preuve. Tu es fait pour devenir Chevalier, et combattre sous la bannière d'Athéna. C'est ton destin."

-"Comment ça, mon destin ? Il y a quelqu'un qui a décidé que je devrais me battre pour je ne sais qui, juste parce que je possède je ne sais quel pouvoir ? Désolé, mais moi, ça ne me va pas ! J'en ai assez entendu, je quitte cet asile de fous !

Kiyoshi se retourna, présentant son dos à Shura alors qu'il commençait à s'en aller à grandes enjambées, visiblement furieux qu'on tente de l'abuser de la sorte. Mais c'était là un mauvais calcul... Il eût à peine le temps d'entendre un bruit sourd résonner à l'intérieur de son corps au niveau de sa nuque, qu'il était déjà inconscient. Shura venait de l'assomer.

-"Pardonne-moi petit, mais tu dois comprendre que, plus que jamais, nous avons besoin d'enfants puissants comme toi... Et que malheureusement pour toi, nul n'échappe à son destin... Et le tien est d'être un Chevalier, j'en suis sûr..."

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Et il s'était réveillé là, sur un lit de paille, dans une case située au bord des Marais de Lerne. Le lieu où supposément, l'hydre éponyme avait été terrasée par le héros Hercules. Il se rappelait la discussion qui avait suivi son réveil. Shura n'avait pas pris la peine d'attendre que le jeune garçon réagisse, après avoir repris conscience.

-"Comprends bien une chose, petit... Ton potentiel est immense, bien supérieur à celui de ton petit frère. Ta force peut servir à l'humanité entière. C'est dans cet esprit que tu dois t'entraîner et combattre."

-"Mais pourquoi moi ? Pourquoi suis-je choisi pour un tel destin ?!"

-"Je te l'ai dit, tu as un potentiel rare. Et même si je n'aime pas t'imposer ce destin, je dois le faire, car la survie de l'humanité en dépend. Tout à l'heure tu m'as demandé si cette force pouvait ramener les morts à la vie. D'une certaine façon, oui..."

"Car si tu en uses pour le bien de l'humanité, tu épargneras ce sort funeste à des millions d'humains. Tu pourras changer leur destin. C'est là le vrai pouvoir que les Chevaliers possèdent. Et leur responsabilité."

Kiyoshi commençait à comprendre le sens des paroles de Shura. Cette puissance enfouie tout au fond de lui pouvait changer le destin de millions d'êtres humains, selon la façon dont il l'utilisait. En entendant ces mots, il sentit une émotion le submerger, comme si elle avait éveillé quelque chose. Il sentit un feu brûler dans son corps. Il venait de réaliser l'étendue de la force dont Shura parlait. Et appréhender cette puissance était le premier pas pour l'acquérir.

-"Je comprends mieux..." fit-il avec un sourire étrange, comme s'il avait déja une idée précise sur la façon dont il allait utiliser cette force. Ou plutôt, comme si quelque chose qu'il avait toujours su ne faisait maintenant que s'éveiller et s'épanouir.


Kiyoshi pouvait maintenant aborder son sort avec plus de sérénité. Il s'était fixé un objectif. Il avait aussi accepté l'idée qu'il était toujours un être humain, mais qu'il avait juste éveillé une capacité que peu possèdent. Shura était un maître sévère, qui demandait énormément de son élève. D'autant plus que ce dernier possédait un talent inné, comme Shura n'arrêtait pas de le répéter. Leurs objectifs étaient en phase. Shura voulait révéler ce talent, et Kiyoshi, lui, maintenant, voulait voir jusqu'où il pourrait le pousser, le comprendre.

Le travail était d'autant plus difficile que Kiyoshi avait commencé son entraînement bien plus tard qu'un apprenti ordinaire, et que son corps entamait déjà sa phase de croissance. D'autant plus difficile que Kiyoshi avait déjà plus ou moins éveillé son Cosmos, mais sans avoir la carrure ou la puissance physique pour l'employer sans s'essoufler, ou résister aux mouvements incroyablement rudes que cette force lui permettait d'effectuer.

-"Tu dois d'abord entraîner ton corps. Vois comme tu t'épuises juste en activant ton Cosmos quelques secondes. C'est pour cela qu'habituellement les Chevaliers passent des années à entraîner leurs corps dans des conditions presque infernales pour développer la résistance nécessaire." disait Shura, au cours de brefs combats d'entraînement bien souvent limités à un seul échange en raison de la faible endurance de l'enfant.

A cause de cette faiblesse, il frôla la mort plusieurs fois en s'entraînant contre Shura ou en affrontant les serpents des marais que les habitants surnommaient par ironie "hydres". Mais quelques mois de cet entraînement où son corps et son esprit étaient mis à l'épreuve lui firent comprendre que les limites humaines étaient décidément très malléables pour celui qui avait la volonté et la persévérance. Etrangement, à chaque fois qu'il frôlait la mort, il se relevait comme si cette dernière ne voulait pas de lui.

C'est dans ces moments qu'il aurait pu jurer entendre une voix lui sussurer "Pas maintenant... Pas maintenant...", à chaque fois qu'il menaçait de franchir la "porte". Puis un jour, il devint capable de tenir la reprise pendant plus de deux heures en combat physique pur contre son maître. Shura comprit alors qu'un cap venait d'être franchi. Son élève avait compensé sa faiblesse physique, et atteint un niveau acceptable.

Durant deux mois, avec l'entraînement de Shura, Kiyoshi affronta la mort plusieurs fois, mais toujours il s'était relevé, comme si elle ne voulait pas de lui. L'attitude de Kiyoshi avait changé. La difficulté de l'entraînement, mais la découverte de cette force surhumaine en lui, le poussaient à continuer. Il voulait maintenant voir où cela le mènerait. Shura était surpris, mais cela confirmait son impression : il avait face à lui un talent inné, qui ne demandait qu'à se réveiller. Peut-être même un futur Chevalier d'Or. Et s'il s'était ainsi présenté à lui, c'est que son destin était de le former. A aucun instant il ne venait à l'esprit de Shura qu'il puisse en être autrement.


Un village de France. L'été allait laisser place à l'automne. Une maison qui se trouvait maintenant à l'abandon, alors que personne n'avait encore pris la peine de se soucier de si elle était habitée ou pas, et qui entamait doucement sa descente vers la décrépitude. Le propriétaire ne s'en souçiait visiblement pas encore pour le moment, depuis deux mois que la dernière locataire s'était suicidée et que ses enfants avaient disparu sans laisser la moindre trace. Ou plutôt, il décidait de laisser les morts reposer le temps que cet incident houleux disparaisse des mémoires. Ainsi, tout, ou presque, avait été laissé en l'état.

Mais alors que le bâtiment n'avait rien demandé à personne, la porte s'ouvrit et quelqu'un entra. Il n'était pas venu là par hasard. Bien vite, il referma la porte sur cet endroit qui donnait l'impression d'être un tombeau, bien que désespérément vide. L'homme s'étonna presque que tout soit dans un tel état d'ordre, bien que couvert d'une couche de poussière, et dans une pénombre due à l'absence d'éléctricité. Quelque chose attira son attention. Une pile de lettres, écrites en japonais, posées sur un meuble. Les évènements avaient été accompagnés d'une telle indifférence que personne n'avait même pensé à les regarder.

L'en-tête des deux lettres indiquait le nom "Fondation Graad". La première était datée de 1980, et la dernière de juillet 1982, c'est-à-dire cette année, se dit l'homme. Il semblait acquiescer à une interrogation intérieure. Evidemment, en voyant le nom de Graad, la police avait décidé de ne pas mettre son nez dans cette affaire, et l'avait laissée sans suite. Mais plus important, visiblement il avait trouvé ce qu'il voulait.

"Et bien évidemment, les enfants ont disparu de l'hôpital, sans laisser la moindre trace... Et merde."

L'homme frappa du poing sur le meuble, de dépit, soulevant la poussière. Et il passa enfin dans un rayon de lumière qui révéla sa silhouette plus clairement. Physique indéniablement asiatique, dans un costume complet noir. Le portrait parfait de l'espion. Quand soudain...

"..rgl!"

L'homme put à peine émettre un gargouillement, tandis que ses pieds se soulevaient du sol. Quelque chose derrière lui l'avait empoigné à la nuque avec une force surhumaine et l'avait soulevé. Quelque chose, et non pas quelqu'un. Ca ne pouvait pas être humain, se disait-il.

-"Pas un seul mot. Sinon tu es mort."

Et pourtant si. C'était humain, ou du moins, "ça" avait une voix. Difficile dans une telle situation de résister. Il eut juste un tremblement de terreur, mais resta muet. De toute façon, il était impossible de parler ou de former le moindre son avec une telle pression sur sa gorge.

"Très bien. Je vois que tu es intelligent. Tu vas me dire ce que tu faisais ici." dit la voix en relâchant la pression sur la gorge de son otage.

-"Je... J'ai reçu l'ordre de retrouver la trace de Mademoiselle Moiret et de ses fils..."

-"Dans quel but ?" demanda la voix d'un ton autoritaire, resserrant sa pression un instant, faisant ainsi passer le message qu'il ne tolèrerait pas de moitié de réponse.

-"Je devais... les retrouver, et... ramener les deux enfants... au Japon... c'est en rapport avec le... programme Kido... La Fondation Graad avait promis... une forte somme... à Mademoiselle... Si elle lui confiait ses enfants..."

Un bref instant, la voix se tût, semblant perdue dans sa réflexion. Alors c'était pour ça.

-"Difficile à croire, cette histoire de forte somme. Un négociateur ne vient pas armé comme ça. Tu étais plutôt venu pour la faire taire, on dirait, je me trompe ?"

La main semblait se resserrer avec colère. L'homme se raidit de terreur. Pour deux raisons. Non seulement, il n'était pas venu avec l'intention de tuer, mais en plus, il passe pour un vulgaire hitman aux yeux d'un inconnu visiblement de très mauvaise humeur !

-"Ab... Absolument pas ! Je devais la ramener elle aussi ! C'était l'une des dernières volontés de Monsieur Kido avant qu'il ne meure ! Si elle consentait à lui confier ses enfants, il lui promettait une vie facile et dénuée de souffrance !" dit le Japonais, en hâte. La peur avait vite fait de délier sa langue.

"Depuis plus de deux ans, Monsieur Kido tente de la faire revenir, mais elle avait toujours refusé l'offre ! Même après que notre maître soit mort, il y a un an, nous avons continué à lui faire cette offre, et..."

La main resserra son étreinte.

-"Quelque chose ne tient pas. Pourquoi ne venir que maintenant ?" répliqua la voix d'un ton sombre.

-"Monsieur Kido... était prêt à... faire son bonheur malgré elle ! C'est pour ça que nous avons décidé... de venir la chercher directement... Notre dernière lettre la prévenait de... notre venue... Mais nous n'avons jamais eu de réponse..."

L'étreinte se relâche alors qu'aucune réponse ne vient pour le moment. Comme si encore une fois le propriétaire de cette "voix" réfléchissait.

-"... Vous avez fait un magnifique gâchis, vous et votre 'Fondation'. En voulant hâter les choses, vous n'avez fait que briser trois vies qui ne demandaient rien à personne."

L'homme lâcha définitivement toute pression. Le Japonais tomba au sol, et se retourna, maladroitement, pour tenter de faire face à ce mystérieux interlocuteur qu'il ne distinguait que vaguement dans la pénombre.

-"Qu... Que voulez-vous dire ?" osa-t-il d'une voix mal assurée.

-"Je vais te dire où sont passés les enfants. Ils ont disparu. Tout simplement."

-"C... Comment ça, disparu ?" demanda le Japonais, hébété.

-"Disparu. Du moins, là où ils sont, votre 'Fondation' ne risque pas de les retrouver. Et cela leur épargnera la honte de savoir qu'ils sont les fils de dieu sait quel sombre homme d'affaire volage."

-"At... Attendez, si vous savez où ils sont, je..."

L'homme ignora tout simplement le Japonais, se penchant vers les lettres. Il se contenta de se saisir de la plus récente. Et en regardant au dos, il sembla écarquiller les yeux. Tout lui semblait clair, maintenant. Il se contenta de s'en saisir, et de la jeter nonchalamment vers le Japonais, alors qu'il entrait dans une autre pièce.

Le Japonais s'empressa de regarder, s'approchant maladroitement de la lettre, sans prendre la peine de se relever. Au dos était écrit...

'Adieu mes enfants... Plutôt mourir que vous perdre.'

Il se saisit du papier, sans comprendre, réfléchissant au sens de ce message. Comment pouvait-on refuser une vie de rêve promise par l'un des hommes les plus riches au monde ? Comment pouvait-on refuser une promesse pareille, honorée par delà la mort ?

C'est alors que l'homme qui l'avait menacé et interrogé repassa devant lui. Il tenait à la main ce qui ressemblait à deux carnets de santé, et à d'autres effets personnels.

-"Je vous conseille de partir. Vous n'avez plus rien à faire ici, et ceux que vous cherchez ne sont plus nulle part. Et il n'en restera pas non plus la moindre trace, si vous voyez ce que je veux dire." se contenta de lancer l'homme, appuyant ses derniers mots d'un regard glacial, sans prendre la peine de donner davantage d'explications.

Terrorisé, le Japonais se contenta de se ruer dehors, la main crispée sur les lettres. Il ne comprenait pas comment, mais il savait que si cet homme disait qu'il ne resterait rien de cet endroit, il pouvait être sûr qu'il était sérieux. L'image d'une maison en flammes passa dans son esprit, alors qu'il courait à toutes jambes vers sa voiture.

Mais ce qu'il imaginait était encore bien loin de la réalité. Il aurait juré voir des lignes de lumière traverser la maison de part en part, si finement qu'on aurait cru que rien ne s'était passé... si le bâtiment n'avait pas commencé à s'effondrer de part en part. La vision sembla si irréelle que le pauvre homme s'enfuit aussi vite qu'il le put, hurlant toute sa terreur.

Accessoirement, un propriétaire immobilier se lamenterait de la destruction de sa propriété, perplexe devant une destruction aussi parfaite et méticuleuse.


Plus d'un an s'était écoulé depuis que Shura avait recueilli ces deux jeunes orphelins, et qu'il avait pris sous sa tutelle l'aîné, Kiyoshi. Shura ne cessait de s'étonner des progrès de son protégé. L'entraînement dans les marais à affronter les serpents sauvages n'était plus qu'une formalité pour lui. Sa carrure n'était pas encore celle d'un véritable athlète, mais elle lui permettait d'employer son Cosmos sans s'épuiser pendant une durée plus que convenable. Bien que Shura ne soit que peu versé dans ces arts, il lui avait appris à méditer, à explorer son Cosmos. De l'élevation du corps, il était maintenant passé à l'élevation de l'esprit. Tout comme Shura s'y attendait, il se révéla être extrêmement doué pour cet art, bien plus que pour le combat physique.

Oui, c'était maintenant que le véritable développement commençait pour Kiyoshi.

"C'est incroyable... Il a déjà une puissance qui dépasse clairement celle des simples Chevaliers d'Argent... Mais avec un tel Cosmos... si noir et mélancolique, quelle Armure pourrait-il revêtir ? Est-ce qu'il fera un bon Chevalier ? Je n'arrive toujours pas à m'ôter cette impression désagréable..."

Shura reposa les yeux sur le carnet de santé de son protégé, se rappelant brièvement son excursion en France pour le récupérer. D'après sa date de naissance, il pouvait voir qu'il était du signe du Cancer... L'armure était détenue par Masque de Mort. Et sa constellation protectrice n'était à aucun moment apparue. Soit Shura se fourvoyait totalement, soit cet enfant était appelé au destin suprême. A ce stade de son entraînement, Shura seul ne pouvait plus assister le jeune élève. Il n'était pas un combattant axé sur le domaine du spirituel, bien loin de là. Désormais, il lui fallait l'enseignement de quelqu'un capable de canaliser ses forces et son concept.


-"Hein ? Tu veux que j'entraîne un gamin ?"

Ces mots avaient été prononcés initialement avec étonnement et dédain. Mais celui qui les avait prononcés, celui qu'on surnomme Masque de Mort, savait que cette demande n'avait pas été faite par hasard. Shura et lui se connaissent depuis longtemps, et il leur était déjà arrivé de discuter de la question cruciale pour les Chevaliers expérimentés : prendre un apprenti. Masque de Mort avait répondu très clairement, ça ne l'intéressait pas. Alors se voir demander cette faveur dans une situation pareille, autour d'un verre dans un troquet de Grèce cachait forcément une circonstance exceptionnelle. Il savait que Shura ne glisserait pas sur ce terrain sans une bonne raison.

-"Tu es probablement le seul qui puisse. Comme toi, il est fasciné par la mort, et de plus vous êtes du même signe. Je ne suis pas capable de lui enseigner comment développer son pouvoir dans la bonne direction. Il est avant tout mental, voire spirituel... mais pas physique."

-"Mouais. Ca ne m'intéresse pas. Ton protégé a déjà treize ans, c'est bien ça ? Désolé, mais je ne me vois pas prendre un môme qui a l'âge d'être Chevalier de Bronze sur les bras. A cet âge-là, ce sont de vrais monstres, et crois-moi, je parle par expérience, j'en ai été un moi-même." répliqua l'autre.

-"Il ne s'agit pas de t'en occuper tout seul. Je te demande juste de lui donner... des cours particuliers sur ce que je ne suis pas à même de lui apprendre. Je lui ai déjà appris à se battre, et à porter des coups aussi mortels que mon Excalibur. Toi, tu n'aurais qu'à lui enseigner tes... techniques."

Masque de Mort tiqua alors qu'il buvait une nouvelle gorgée de son verre. Shura n'avait jamais été aussi loquace, véhément. Plus encore, il semblait comme possédé, obsédé par cet apprenti.

-"Mais dis-moi, tu en parles comme du messie, de ce gamin ! Qu'est-ce qu'il a bien pu faire pour t'ensorceler comme ça ?" demanda le Chevalier d'un ton goguenard, dissimulant vaguement une certaine inquiétude. Il n'avait encore jamais vu un tel regard dans les yeux de Shura, celui d'un fanatique.

-"Tu vas comprendre. Ce gamin, comme tu dis, est né avec un don. Il a beau être émotionnellement très instable, la première fois que je l'ai eu devant moi, il savait déjà utiliser de façon instinctive son Cosmos. Il m'a décoché un coup de poing à plus de Mach 10."

Masque de Mort s'étrangla avec le contenu de son verre. Il prit un bref instant pour calmer la quinte de toux qui s'ensuivit.

-"Tu as eu la berlue. C'est impossible." répliqua simplement le Chevalier du Cancer, certain que son ami avait rêvé. Mais il savait lui-même qu'il tentait de se cacher la vérité avec ces mots. Un Chevalier d'Or sait ce qu'il voit, ce qu'il ressent.

-"Je ne crois pas. Je suis sûr qu'il avait atteint Mach 10. Et ce n'était pas par hasard. Et en un an, pense qu'il n'a fait que révéler une partie de ce potentiel. Il n'est promis ni à un destin de Chevalier de Bronze, ni à un destin de Chevalier d'Argent."

"Nous y voilà." se dit Masque de Mort. Ce genre de tirade était classique pour vanter les mérites d'un apprenti.

-"Hé ho, tu ne penses quand même pas à lui faire prendre ma place ?" demanda Masque de Mort sur le ton de la plaisanterie.

-"Absolument pas. Mais pense au potentiel guerrier de cet enfant, à quelle perte ce serait pour le Sanctuaire s'il ne rejoignait pas nos rangs... J'ai discuté de ce problème avec le Grand Pope, et il pense également que tu es le plus qualifié pour lui apprendre à utiliser ses dons. Et pense que cet enfant pourrait être ton héritier si tu devais mourir au combat !"

Le Grand Pope.

Là, le problème avait totalement changé. C'était totalement différent, on ne lui demandait plus réellement son avis sur le sujet. Le Grand Pope en personne était au courant et avait rendu sa décision. L'idée de former et préparer celui qui serait sans doute amené à prendre sa place ne plaisait pas vraiment à Masque de Mort. Dans son esprit, c'était comme creuser sa tombe, en se contentant d'acquiescer tandis qu'on lui tendait la pelle. Mais bien vite il se rappella que lui aussi avait eu un maître qui l'avait formé à prendre sa place. Un bref instant, il accepta donc d'oublier son orgueil, et de réfléchir. De toute façon, l'ordre venait du Grand Pope. Il était dès lors impossible de le contester.

"Alors ? Tu acceptes ?"

Léger rire de Masque de Mort.

-"Haha... Tu avais encore besoin de le demander ? Comme si je pouvais refuser alors que notre cher Grand Pope me recommande si aimablement, et avec autant d'insistance ?" répliqua Masque de Mort sans se départir de son sourire mauvais. "Très bien, j'accepte."


Kiyoshi avait maintenant pris l'habitude de s'entraîner devant le temple en ruines qui se trouvait dans ces marais. L'endroit lui permettait de méditer et d'explorer son propre Cosmos, quand bien même la pluie ou le vent battaient, secouant sa longue chevelure noire. Il avait appris à projeter son esprit au-delà de ses sens, et à entamer le voyage astral. Il était capable de percevoir tout ce qui se trouvait autour de lui, même les yeux fermés, et de voir les esprits, même de dialoguer avec eux. Shura avait pu suffisamment lui apprendre les rudiments de la méditation pour que sa soif de connaissance le pousse à explorer plus loin. Mais cela ne lui suffisait pas encore.

Soudain, il sentit un Cosmos s'approcher. Puis une forme humaine devant lui. Il sentait la même flamme que Shura, la même force. Et une impression écrasante de conviction absolue et acérée. Kiyoshi avait entendu parler de ce Chevalier qui décorait son temple des visages de ses victimes. Il avait éprouvé de l'admiration pour lui, et maintenant il se trouvait devant lui. Il en était convaincu. Il se sentait proche de lui, d'esprit. L'impression était d'autant plus forte qu'en état de méditation, il ressentait d'âme à âme la vraie nature de l'homme en face de lui.

-"Alors c'est toi le petit prodige dont Shura me vante les mérites..."

Kiyoshi fut surpris. Les mots n'avaient pas été prononcés. Ils avaient résonné dans sa tête. Mais quoi de plus normal pour un Chevalier possédant les mêmes pouvoirs ? Il lui sembla voir l'homme s'agenouiller en position du lotus tout comme lui, mais quelque chose sortir de son corps. Ce "quelque chose" avait exactement la même forme que son corps physique. Son âme ? Il s'avança vers lui et se contenta de le fixer en croisant les bras.

"Eh bien, qu'est-ce que tu attends pour quitter ton enveloppe charnelle ?"

Surprise. Kiyoshi ne s'attendait pas à ça. Il n'y avait jamais pensé. Mais maintenant... L'adolescent se leva, comme si c'était la chose la plus naturelle, mais en laissant son corps derrière lui, en position du lotus.

-"Très bien. Shura ne m'avait pas menti, ce n'est pas mal du tout. Mais c'est la première fois que tu penses à utiliser ton Cosmos de cette façon ?" demanda Masque de Mort d'un ton intéressé.

"Hmm... Montre-moi donc ce que tu sais faire."

Etrangement, Kiyoshi se sentait à l'aise, à l'état de corps astral... Il avait l'impression de pouvoir bouger aussi vite que sa pensée le lui permettait. Il porta quelques coups et entama un enchaînement classique que Shura lui avait fait pratiquer.

-"Non. Pas ça. Si tu as pris la peine de quitter ton corps, ce n'est pas pour bêtement pratiquer le combat comme un être physique. De plus, tu n'as aucune consistance matérielle. Tu es presque comme un fantôme. Les seules choses que tu peux atteindre sont donc... elles aussi, spirituelles."

Kiyoshi sentait une fois de plus l'évidence le frapper en pleine face. Il lui suffisait tout bêtement de faire ce qu'il avait déjà fait tant de fois en s'entraînant. Il intensifia son Cosmos, et le diffusa.

Masque de Mort observa, intrigué, gardant les bras croisés. Qu'est-ce qu'il comptait faire ?

Soudain, un râle comme un souffle de vent lugubre se fit entendre. Et une âme apparût. Puis une autre. Bien vite, tout un groupe d'esprits qui avaient à peine figure humaine se trouvait autour du jeune garçon. Un instant, Masque de Mort pensa qu'ils allaient attaquer et le dévorer, aussi était-il prêt à réagir lorsqu'il vit l'un des esprits bouger et s'approcher.

Mais... La chose se contenta de s'agenouiller en baissant la tête, rejoignant l'aura du jeune Nécromancien, se fondant en elle, bien vite imitée par les autres esprits. Masque de Mort observait, visiblement impressionné. Ce gamin avait acheté la servitude d'esprits ayant perdu leur conscience humaine, piégés entre la vie et la mort, avec l'énergie de son Cosmos... Et il avait renforcé son propre Cosmos de cette façon.

"Ghostly Bind"... murmura le jeune garçon, alors que ses longs cheveux noirs flottaient, portés par une telle énergie.

C'était donc le nom de cette technique. Un tour intéressant, mais il fallait encore voir à quoi il comptait l'utiliser. La réponse vint rapidement. Kiyoshi gardait les yeux fermés, dirigeant le "poing" de son âme en direction d'une rangée de colonnes et d'un groupe de serpents géants qui se dirigeaient en direction de leurs corps physiques, bien décidés à profiter de ces deux humains en train de faire la sieste pour faire un bon repas.

"YAAAH !"

Toute cette énergie concentrée et libérée sur les colonnes et les serpents, dans un cri semblable à un kiai. Masque de Mort sursauta. L'impact avait eu lieu dans un fracas terrible, oui, mais dans le monde physique ! Et il pouvait maintenant voir le jeune garçon commander aux esprits, d'un ordre muet, d'étrangler les reptiles survivants, de libérer toute leur haine sur eux.

Applaudissements.

-"Très impressionnante démonstration. Alors, qu'en penses-tu, Masque de Mort ?" demanda la voix de Shura. Instantanément le Chevalier et l'apprenti réintégrèrent leurs corps.

-"A la hauteur de ce que tu prétendais. Il apprendra vite. Je pense que je vais moi aussi en profiter pour passer quelques vacances avec vous dans ces marais, hahaha !" répondit Masque de Mort alors qu'il se relevait.

Shura tourna le regard vers son protégé. Peut-être que la présence de Masque de Mort lui permettrait de se socialiser un peu. Kiyoshi était un enfant très taciturne, et il ne parlait que très peu. On pouvait difficilement parler de relation de confiance. Kiyoshi voulait juste devenir plus fort, et le reste était inutile. Shura était juste l'outil le plus approprié à sa portée pour ça. Peut-être que ce serait différent avec Masque de Mort. Mais le malaise horrible qu'il éprouvait ne fit que s'aggraver.


-"Kiyoshi. Il faut que je te parle."

-"Qu'est-ce que vous voulez ?" répliqua le jeune garçon à Shura, comme s'il était persuadé qu'il allait encore se faire réprimander.

-"J'ai vu ta technique, et la voie dans laquelle tu t'apprêtes à t'engager. Je n'ai pas la compréhension métaphysique de Masque de Mort dans ce domaine, mais je sens que... Je sens que tu t'approches d'une voie bien sombre... Méfie-toi un peu de Masque de Mort. C'est vrai que c'est comme nous tous un Chevalier dédié à sa cause, et qu'il n'hésitera jamais à tuer un ennemi. Mais il est trop... impitoyable. Il n'attache plus d'importance aux vies humaines. N'essaie pas de l'imiter dans cette voie."

-"Et pourquoi pas ? Un ennemi est un ennemi, non ? Si c'est mon destin de devenir un combattant, il faudra bien que je sois prêt à tuer sans pitié."

Shura tiqua. Ces mots, il les avait lui-même prononcés plus jeunes. Mais jamais il ne les a tant regrettés que le jour où il a dû porter la main sur un frère d'armes, il y a maintenant près de dix ans...

-"Je ne veux pas te parler que de ça. Ce que tu fais, c'est... Tu joues directement avec la mort et l'ordre des choses. Je ne sais pas si tu t'en rends compte, mais c'est un comportement qui peut être perçu comme un blasphème contre l'ordre universel. Tu manipules la souffrance des esprits pour renforcer ta propre puissance, mais cela pourrait se retourner contre toi un jour."

-"Je donne juste à ces esprits incapables de mourir une occasion de libérer toute leur haine. Autant qu'en plus si possible elle me serve en combat, non ?"

-"Voilà pourquoi je te dis de prendre garde. Ne crois pas qu'on peut toujours manipuler autrui impunément. Et surtout pas des forces universelles comme la vie ou la mort. Masque de Mort a dû t'apprendre à manipuler le Puits des Âmes, mais tu dois te méfier de cet endroit."

-"Qui serait assez stupide pour tomber dedans en sachant ce qui l'attend au fond ?" répliqua Kiyoshi avec dédain, sans être conscient que quelque chose sonnait faux dans ces mots. Ce détail par contre n'échappa pas à Shura. Il n'avait toujours pas renoncé à l'idée de mourir.

Au contraire, il avait maintenant un professeur qui pouvait lui apprendre tout sur la Mort, et les façons de mourir.


Un pied se pose sur une île de la mer méditerranée. Une île non loin du Sanctuaire, où vivent en autarcie des hommes qui ont choisi de conserver le mode de vie rustique de l'antiquité. Une vie où l'on apprend à vivre sans éléctricité, eau courante, ni rien. Une vie où l'homme doit s'éveiller pour apprendre à vivre. Celui qui vient de poser le pied sur ce sol, c'est Shura. Et il s'avance vers une case, traversant le village. Les gens connaissent l'existence du Sanctuaire, aussi savent-ils ce que signifie la caisse dorée frappée aux armes du Capricorne sur le dos de Shura. Cette hutte est celle d'un vieux Chevalier. Eraos. Ce dernier semblait avoir senti la venue du jeune Chevalier d'Or, et l'attendait.

-"Shura... Il y avait longtemps..."

-"Alors, Eraos de Céphée... Comment se passe l'entraînement de tes apprentis ?"

Eraos sourit à cette remarque, révélant les rides sur son visage. A l'extérieur, un jeune garçon aux cheveux blonds, arborant la tenue des apprentis, et qui revenait de son entraînement passa devant la hutte, et surprit la conversation.

-"'Eraos' suffira... Je ne suis plus Chevalier depuis maintenant deux ans... Le jeune garçon que tu as envoyé ici, ce Daniel... Il a fait d'étonnant progrès en si peu de temps... Tu as vu juste, il sera Chevalier... et l'un des meilleurs!"

-"Tu penses qu'il sera digne de revêtir une Armure d'Or ?"

-"Ne nous avançons pas tant... Il a un potentiel immense, et il a déja un cosmos assez développé pour un enfant de 8 ans... Mais il ne pourra pas prétendre à une des Armures d'Or vacantes... Il est du signe du Lion, dont l'Armure est déja détenue par Aiolia... Et surtout, il a repris goût à la vie... Un vrai petit renard, ce gamin! Il fouine partout, et il a l'air vraiment heureux de vivre ici... Au fait, je crois que c'est toi qui t'es occupé de son frère..."

-"Oui..." dit-il, son regard s'assombrissant.

-"Que s'est-il passé ? Un problème ?"

Le regard du garçon qui écoutait la conversation devint sombre, comme si une plaie douloureuse venait d'être ravivée.

-"J'étais persuadé de pouvoir faire de lui un Chevalier, mais je me suis trompé..."

-"... Si tu me racontais ce qui s'est passé ce jour là ?"


Un jeune garçon assis sur un muret, en train de jouer de la guitare. Son unique distraction après les séances d'entraînement exténuantes. D'autant plus exténuantes qu'il a maintenant deux professeurs faisant partie de l'élite, et extrêmement exigeants. Shura se montrait physiquement d'autant plus intransigeant que son apprenti approchait de la puissance d'un futur Chevalier d'Or. Il en éprouvait une fierté mêlée d'une envie décuplée de voir le potentiel révélé de son protégé, devant laquelle même ses craintes s'éteignaient.

Il pouvait après l'entraînement rester ainsi des heures à jouer. Comme si cela l'aidait à méditer, se détendre, se reposer et se relacher, bien mieux que n'importe quel autre acte.

Sous la férule de Masque de Mort, il avait pu apprendre a perfectionner les arcanes des nécromanciens, et même inventer les siens. Masque de Mort, convaincu de la supériorité absolue de cette technique, n'usait que des Cercles d'Hadès au combat. Elle possédait le double avantage d'inspirer directement la terreur à sa victime, et indirectement à quiconque en entendrait parler, ou viendrait à en constater les stigmates sur les murs de la quatrième Maison. Masque de Mort entretenait ainsi un culte de la terreur.

Mais malgré ses penchants morbides, Kiyoshi, lui, ne cherchait pas à utiliser la mort comme outil de terreur. Il voulait l'étudier, la comprendre, expérimenter aux limites de l'âme. Aussi était-il parvenu à transformer son Cosmos en une sorte de lien invisible capable de retenir une âme engagée sur le chemin vers le Puits des Âmes. Pour cela, il lui fallait attendre le dernier moment, et risquer lui-même de tomber avec l'âme qu'il avait désignée ; risque qui ne semblait pas outremesure l'effrayer. Il avait donné à la technique ainsi conçue le nom de "Ghostly Bond".

Les usages de cet arcane étaient divers et variés. Son Cosmos semblait pouvoir agir comme une drogue, comme un philtre hypnotique, qui lui permettrait d'acheter la servitude de ces esprits. De là, ces âmes trouvaient leur usage comme substance surnaturelle dont il pouvait forger des liens capables de physiquement immobiliser l'ennemi, ou renforcer ses attaques par la rancoeur animant les fantômes asservis, et ainsi agir sur Terre tout en restant en sécurité dans les Cercles d'Hadès.

C'est alors qu'il était en plein récital, en train de vider ses pensées, que Shura l'interrompit en signalant sa présence. Il devait lui parler, et semblait tracassé par quelque chose. Alors que Kiyoshi cessa de jouer, il sembla enfin se décider à annoncer les nouvelles.

-"Le grand jour est arrivé pour toi. Le Grand Pope a consulté les étoiles à ton sujet, et il souhaiterait te voir essayer de revêtir l'Armure d'Argent de l'Autel. C'est une armure traditionellement portée par le Chevalier le plus à même d'assister le Grand Pope. C'est là un immense honneur qu'il daigne t'accorder.

-"Inutile."

Stupeur sur le visage de Shura.

-"J'ai déjà essayé de la revêtir... Elle a réagi en dressant une barrière entre elle et moi, comme si elle refusait absolument ma présence." expliqua l'apprenti d'un ton désintéressé.

Une fois encore,

----------TO BE UPDATED

(Kiyoshi) -"L'Armure de l'Autel ? Hm... Je ne sens aucune harmonie avec elle... J'ai déja essayé de la revêtir, mais elle n'a pas réagi à mon cosmos... Ou plutôt si, mais c'était comme si une force l'empêchait de me recouvrir..."

(Shura) -"Bien... Dans ce cas, j'ai une autre proposition à te faire... Tu as pratiquement le niveau d'un Chevalier d'Or... Et pas des moindres... J'aimerais confronter tes pouvoirs à ceux d'un de mes amis... Angélo, l'actuel Chevalier du Cancer..."

(Kiyoshi) -"Et pourquoi est-ce que je devrais me battre contre lui ? Ca ne vous suffit pas que je devienne Chevalier ?"

(Shura) -"Si l'Armure d'Argent de l'Autel ne vient pas à toi... Je ne vois pas d'autre solution... Une puissance comme la tienne ne doit pas être gâchée... De toute façon si tu refuses, tu sais que j'ai les moyens de te forcer à obéir..."

(Kiyoshi) -"Je vois clair dans votre jeu... Vous pensez à mon frère ? Je n'ai plus rien à faire de ma vie depuis ce jour où j'ai tenté de me suicider avec lui! Vous pouvez tenter ce que vous voulez, vous n'arriverez à rien de plus avec moi..." répondit-il avec un regard noir.

(Shura) -"Tu es très perspicace... Mais tu devras obéir que tu le veuilles ou non!"

-"Ca suffit Shura... Inutile de forcer cet enfant à combattre... Il n'est pas fait pour tuer, voila tout! Mais tu n'as pas menti, son cosmos est vraiment très puissant pour un enfant de 13 ans..." répondit une ombre vêtue d'une armure étincellante, avec une voix légèrement nasillarde, dont le ton se voulait provocant et intéressé.

(Shura) -"Angélo..."

Kiyoshi porta un regard sur l'armure du dénommé Angelo. Un vêtement de protection à l'aspect tranchant, pointu, caractéristique de la constellation qu'il représentait. Le Cancer. Quelque chose dans cette armure attirait son regard, le fascinait. La mort. La mort, l'autre monde étaient perceptible dans chaque atome de cette armure dorée.

(Angélo) -"Alors gamin... Mon armure t'impressionne ? Sache que lors d'un tel combat, s'il se poursuit jusqu'à la mort, le vainqueur gagne l'armure du perdant... Tu vois l'enjeu du pari que proposait Shura ?"

Ces mots étaient prononcés avec une intention claire. Le combat à mort avait été évoqué comme simple possibilité, mais en lisant entre les lignes, il devenait clair qu'en arriver à cette extrêmité ne le gênait pas le moins du monde. Cela se lisait dans son regard, sur son visage, sur son être tout entier. En percevant son Cosmos, il était même presque possible de commencer à distinguer le nombre de fois qu'il avait donné la mort.

Kiyoshi se rappela d'une chose... Il avait entendu parler d'un Chevalier qui décorait les murs de son temple de visages humains... Ceux de ses victimes. Il venait de comprendre que ce terrible Chevalier pour lequel il avait éprouvé une certaine admiration se trouvait désormais devant lui. Qu'il n'aurait jamais l'occasion d'approcher la mort d'infiniment plus près.

(Kiyoshi) -"... Je vois..."

Angélo sourit, révélant ses dents, comme un prédateur qui s'apprête à charger, prêt au combat, et d'une explosion violente de cosmos, son armure se retira, se réassemblant sur le piédéstal du temple en ruines.

(Kiyoshi) -"Approche... Montre-moi la mort. Je veux voir. La ressentir."

Angélo fonça sur Kiyoshi à une vitesse proche de la lumière. L'enfant, comme transfiguré tant ses traits jusque là calmes affichaient maintenant la détermination la plus absolue, ne fut pas surpris par la charge du Chevalier du Cancer en titre, et esquiva sans mal la vague de coups de poings qu'il portait, pour réapparaître derrière lui. Néanmoins il ne riposta pas instantanément, à l'étonnement d'Angélo, qui se retourna pour lui asséner un coup de pied au visage. Kiyoshi para encore une fois le coup sans difficultés, mais ne riposta pas.

(Angélo) -"Pourquoi est-ce que tu ne ripostes pas, gamin ?"

(Kiyoshi) -"Je n'aime pas me battre de cette façon. Ca ne sert à rien."

(Angélo) -"Tu refuses le combat physique, alors qu'à ton niveau, c'est là que se trouve ta seule chance de vaincre ? Petit, tu réalises que ce que tu fais équivaut à un suicide ?" répliqua le Chevalier d'Or, presque amusé par l'impudence du jeune garçon.

(Kiyoshi) -"Je peux gagner autrement. Et surtout, je veux voir... Cette technique qui fait la fierté des Chevaliers du Cancer, les maîtres en matière de Nécromancie."

Shura était le premier estomaqué par cette remarque. Il était déjà surpris de voir son disciple montrer tant d'intérêt dans un combat qui, au début semblait passablement l'ennuyer, mais maintenant ça... Il avait décidément l'impression de tenir un élément des plus instables entre les mains. Et il risquait bien de le perdre si le défi se poursuivait là où Angélo l'entendait. Ce dernier avait d'ailleurs déjà amorcé sa technique et s'apprêtait à la lancer !

(Angélo) -"Très bien... Tu l'as demandé, alors ne viens pas pleurer après ! "PAR LES CERCLES D'HADES!!!!!""

L'onde émise par le Chevalier du Cancer frappa Kiyoshi, l'auréolant d'une lumière blanche, qui au lieu de le terroriser sembla presque l'apaiser.

(Le puits des âmes, côte de Yomotsu Hira...)

(Angélo) -"Alors gamin ? Comme tu le voulais, je t'ai amené aux portes de la mort. Ici tu es sur mon territoire, tu peux déjà considérer que tu as perdu!"

(Kiyoshi) -"Désolé, mais je connais aussi cet endroit. C'est là que je me suis entraîné, même si je n'ai jamais pu aller aussi loin."

(Angélo) -"Ah oui ? Montre moi ce que tu peux faire, ici... Les Cercles d'Hadès affaiblissent l'adversaire, et normalement il n'a pas la volonté de résister à l'attraction du trou de Yomotsu... Il agit comme un trou noir, il aspire toute matière, et nul n'en ressort vivant..."

(Kiyoshi) -"Je le sais aussi bien que toi... Seulement j'ai appris à maîtriser certaines ressources du puits des âmes... "Ghostly Bond..."" dit-il d'une voix calme et indifférente.

Kiyoshi avait prononcé ces mots en faisant exploser son aura sombre, qui toucha plusieurs centaines de spectres, se détachant de la file d'âmes agonisantes. Angélo fut saisi au corps par la masse de spectres autour de lui, tandis que d'autres se dissolvaient en une aura noire, se concentrant sur le poing de Kiyoshi. Angélo riposta en faisant exploser son cosmos, éjectant les spectres autour de lui. Néanmoins le garçon avait eu le temps d'accumuler suffisamment d'énergie. Un poing qui fonce sur le Chevalier du Cancer, des milliers de sphères noires qui s'en détachent et frappent. Une attaque extrêmement violente que le Chevalier du Cancer a bien du mal à repousser. L'énergie entre eux deux stagne. Une seconde. Une minute. Pour finalement exploser, repoussant les deux adversaires. Kiyoshi ne cache pas sa surprise, néanmoins une étincelle brille dans son regard, caractéristique de ceux qui savent avoir un atout caché dans leur manche.

(Kiyoshi) -"Je vais devoir prendre des risques pour l'avoir... Utiliser le "Soul's Link" est très dangereux pour moi, mais c'est la seule façon de concentrer assez d'énergie pour le surprendre..."

Kiyoshi intensifiait son énergie obscure, qui se diffusait tout autour de lui et de son ennemi, imposant sa volonté à tous les mourants suffisamment influençables. Angélo commençait à réaliser le potentiel de son ennemi.

(Angélo) -"Impressionnant... Kiyoshi... C'est bien ça ?"

Pour la première fois, Angélo appelait son adversaire par son nom. Manifestement le Chevalier d'Or était impressionné, et montrait du respect à son adversaire. Néanmoins le chevalier expérimenté ne se dépareillait pas de son sourire, et avait la même lueur dans le regard. Il lui restait un atout. Et il remarqua ce que Kiyoshi redoutait. La garde du garçon était totalement abaissée, son esprit était absent de son corps, et il était plus que jamais vulnérable. Angelo profita de l'occasion pour attaquer, sans que Kiyoshi puisse se défendre. Chaque coup qu'il reçut le rapprochait d'autant du puits mortel. Soudain, le poing d'Angélo fut bloqué dans la poigne du garçon, tandis qu'une formidable aura se libérait, en même temps qu'une masse sombre de spectres hurlant et tournoyants, comme pour protéger leur maître. Les spectres se mirent à tournoyer autour d'Angélo, et à frapper avec une violence inouïe. Le Chevalier d'Or était désormais en très mauvaise posture, subissant les assauts de son adversaire sans pouvoir riposter tant l'enchaînement était abouti, parfait. Alors qu'en temps normal, la puissante Armure du Cancer aurait pu bloquer les assauts de l'adversaire, cette fois il n'en était rien. Le Chevalier du Cancer ressentit une certaine faiblesse, corollaire logique de son manque de protection. Au cours d'un bref, d'un infime temps mort, Angélo tenta de riposter, mais son poing fut aussitôt bloqué par la masse sombre et translucide autour de l'apprenti. Il réalisa à cet instant que ces spectres rassemblés et concentrés autour de lui formaient une barrière défensive et offensive parfaite.

(Angélo) -"Ce gamin est vraiment dangereux... Et je l'ai sous-estimé... Il a déjà compris comment contrôler les spectres piégés entre les mondes... En leur donnant de son Cosmos, il achète leur servitude... J'ai vraiment fait une énorme gaffe en l'amenant dans le puits des âmes ! Même moi, je ne sais pas si je pourrais contrôler une telle masse spirituelle avec autant d'aisance ! Qui sait si avec une puissance supérieure il ne pourrait pas les ramener à la vie ?!"

Angélo fit exploser son cosmos une fois de plus, projetant sa propre énergie en opposition à celle de Kiyoshi. L'opposition dura plusieurs secondes, avant que la masse d'énergie stagnante explose, projetant les deux adversaires. Kiyoshi, trop près du bord du puits fut projeté dans le gouffre obscur.

(Angélo) -"Merde ! Le puits..."


(Dans un univers sombre, dénué d'étoiles et de vie...)

Un monde désespéré, où des hommes - hommes ? - décharnés sont soumis à des supplices et des tortures difficilement concevables pour le commun des mortels. Tandis que trois hommes, différents, car d'aspect normal, différents car vêtus d'armures noires, ténébreuses, et étrangement scintillantes si bien qu'on aurait pu les croire taillées dans un diamant noir.

(...) -"Vous aussi, vous avez senti cette force ? Quelqu'un utilise son cosmos pour détourner les âmes du Sekishiki... Et il tente de se sauver lui-même de ce puits sans retour..." dit le premier, vêtu d'une armure évoquant une tête de Dragon.

(...) -"Oui, Rhadamanthe, je l'ai aussi ressenti... C'est un acte que seul notre majesté l'Empereur Hadès est autorisé à accomplir, et pour cela il mérite un châtiment exemplaire." répondit le second vêtu d'une protection ailée qui aurait rappelé le mythologique Griffon.

(...) -"Et ça ne s'arrête pas ici... Son âme tente de puiser au coeur même du Monde des Ténèbres... Un misérable humain, tout juste éveillé au 7ème sens! Qu'espère-t-il ?" dit le troisième d'un ton sec, vêtu d'une armure semblable, évoquant elle un oiseau noble, divin.

(Rhadamanthe) -"Nous ne pouvons pas le laisser défier davantage l'ordre établi par Hadès!"

(Minos) -"Calme-toi et réfléchis deux secondes, Rhadamanthe... Sa majesté Hadès ne peut pas encore nous permettre de quitter le Monde des Ténèbres... Le sceau de cette damnée Athéna est encore actif! Alors que compte-tu faire ?"

(Eaque) -"Seul Hadès pourrait intervenir... Et sa présence dans les Enfers est bien faible... Comme s'il était en sommeil... Nous ne pourrions agir, que si son âme arrivait jusqu'ici..."

(Rhadamanthe) -"Foi de Rhadamanthe, si son âme tombe ici, je l'enverrai personnellement au Cocyte!"

(...) -"Un instant!"

La stupeur se lit sur les visages des trois combattants.

(Rhadamanthe) -"Que..."

(Tous) -"Majesté Hadès ?!"

(Hadès) -"Laissez donc cet enfant agir à sa guise... Il est promis à une haute destinée... Et il fait preuve d'une pureté rare... Presque aussi grande que..."

(Rhadamanthe) -"Mais, votre majesté! Il a transgressé les lois de la mort pour..."

(Hadès) -"Il suffit Rhadamanthe! Telle est ma volonté..."

(Rhadamanthe) -"Bien... j'ai compris..."

(Dans le puits des âmes...)

Kiyoshi tentait désespérément de se raccrocher à la paroi rocheuse, de léviter en usant de son cosmos, mais l'attraction exercée par le puits était telle qu'Angélo du Cancer l'avait décrite, c'était celle d'un trou noir, absorbant de façon implacable toute vie.

-"N'abandonne pas... Ton adversaire n'est pas de taille contre toi..."

(Kiyoshi) -"Que... Qui êtes-vous ?!"

-"La mort... Je commande à cette force, que seul de rares élus peuvent contrôler... Tu le peux car ton âme est pure... Utilise la haine que ces spectres ont emmagasiné pour frapper l'esprit de ton adversaire... Elle t'assurera la victoire!"

Kiyoshi aurait pu trembler s'il n'était pas paralysé et concentré sur sa survie. Le cosmos qui entrait en contact avec le sien était familier, mais d'une noirceur bien plus profonde, à un point que Kiyoshi prit peur en réalisant jusqu'où il était possible d'aller dans le domaine de la mort, des ténèbres. Dans son esprit, cette présence ressemblait à un monstre hideux, prêt à bondir sur sa proie. Paradoxalement il était attiré, par cette peur. Pour la première fois depuis l'évènement dramatique qui avait failli lui coûter la vie, les mêmes émotions l'agitaient. Une peur incommensurable, et pourtant un courage insensé. Comme possédé, dans un état second, Kiyoshi s'aggrippa fermement à la paroi, et déployant une puissance herculéenne, bien au-delà de celle qu'un corps jeune comme le sien pouvait déployer, d'une impulsion de son cosmos ravivé, il bondit en dehors du gouffre.

(Angélo) -"Quoi ?! Comment as-tu pu survivre ? Aucun homme ne peut revenir vivant de ce gouffre!"

(Kiyoshi, les cheveux masquant son regard) -"..."

(Angélo) -"Le cosmos qui émane de lui... Mais quel démon se cache dans l'âme de cet enfant ?"

Pour toute réponse, Kiyoshi se jeta sur le Chevalier du Cancer, libérant un rayon sombre qui le frappa en plein front. A cet instant les pupilles de ses yeux se contractèrent. Une fraction de seconde de réflexion, au cours de laquelle cette réaction réflexe de son corps venait de se produire lui indiqua que son ennemi venait de frapper directement son mental. Et d'une façon dénuée de finesse. Tout d'un coup le Chevalier du Cancer se mit à hurler, comme frappé par une douleur violente.

(Angélo) -"NON! Sors de mon esprit... Non!!! Je... ne... te... laisserai pas... m'anéantir!! AAAAARGH!!!!"

Kiyoshi était encore dans le même état, incapable de bouger, les bras pendant le long du corps et le regard masqué par ses cheveux noirs comme la nuit. Les hurlements de douleur de son adversaire semblaient le laisser indifférent. A cet instant une aura noire quitta le corps de Kiyoshi, tandis qu'il tombait à genoux. Angélo était dans la même posture, couvert de sueurs froides, le teint cadavérique. Comme si la mort avait posé sa marque sur son visage, tel un baiser glacé.

(Angélo) -"Sale... gamin... Tu vas me... payer ça!!"

Kiyoshi reprit ses esprits, en sursaut, comme sortant d'une torpeur, et constata avec horreur le changement chez son adversaire. Il semblait déjà indifférent à l'idée de faire face à la mort ou de la donner, mais désormais on lisait dans son regard la lueur de folie d'un esprit déchiré. Il ne pouvait pas s'en rendre compte, mais là où les maîtres en illusion et en contrôle spirituel manipulaient ces arcanes avec subtilité, lui venait de déchaîner un torrent d'énergie spirituelle incontrôlée, sur l'essence même de son ennemi. Et même le Chevalier du Cancer n'avait pu sortir totalement indemne d'une telle expérience. Ce contact avec la présence même de la mort semblait avoir transporté ses sens dans un état de douleur mêlé à l'extase, et fait tomber toute barrière mentale qu'il pouvait rester face à la violence animale.

(Angélo) -"TU VAS MOURIR!!!!!"

Frappant avec une fureur et une puissance démesurées, libérant d'immenses sphères d'énergie que Kiyoshi, encore déconcentré et désorienté par l'expérience qu'il venait de vivre, fut incapable d'esquiver.

(Angélo) -"Sale gamin... Tu as bien failli me tuer... Mais au final, merci. Tu m'as ouvert les yeux... Ici, c'est le Cosmos du plus puissant qui fait la loi... Et c'est la vérité pour tout en ce bas monde ! Que dirais-tu que je te montre les tours que les esprits peuvent faire sous mon contrôle ?"

Kiyoshi était au sol, incapable de réagir, à la fois paralysé par l'horreur et par la douleur. Angélo, tel une bête sauvage, ne retenait pas ses coups, bien que sous son contrôle, les esprits infligent mille souffrances à sa victime, inconcevables pour un être humain, même pour un Chevalier...

(Angélo) -"Et maintenant, fais tes prières !" lança le Chevalier du Cancer, alors que sa main s'abattait sur son jeune adversaire.

(...) -"Angélo ! Arrête, tu en as assez fait..." dit une voix désincarnée et familière

(Angélo) -"Shura... Hin ! Après tout... Tu as raison, ce serait dommage de tuer un gamin qui a un tel talent. Mais apprends-lui à ne pas jouer avec des forces qui le dépassent... Un jour, ça lui jouera un mauvais tour." dit-il en utilisant son cosmos pour revenir à la réalité.

(Le temple où l'Armure de l'Autel repose...)

(Shura) -"Et Kiyoshi ? Qu'est-ce que tu as fait de lui ?!"

(Angélo) -"Ce morveux n'est pas mort... Il peut tout à fait revenir du Sekishiki par lui-même... Le reste, ça le regarde."

(Shura) -"Tu... Angélo, ça va ? Ton visage... On dirait que tu as vu la mort en face !"

C'était cela, la mort était inscrite sur le visage du Chevalier du Cancer, agenouillé, épuisé par l'effort qu'il venait de fournir. Elle avait posé sa marque sur son être tout entier, et son regard glacial et comme fou en était le témoin. Plusieurs visages fantômatiques, plusieurs masques de haine apparurent autour de lui, comme s'ils faisaient partie de lui. Angélo toucha son armure, qui le recouvrit instantanément. Le Chevalier du Cancer était toujours auréolé de cette aura macabre. On aurait juré un fanatique, un illuminé... Il y avait désormais quelque chose en lui qui mettait irrémédiablement mal à l'aise, chaque fois qu'on posait le regard sur lui. Shura constatait avec horreur le changement... Angélo était certes un assassin et n'avait jamais rechigné à tuer, mais jamais jusque là il n'avait semblé prendre de plaisir dans le massacre ou dans la présence de la mort.

(Angélo) -"Et pour rendre hommage à ce jour où j'aurai entrevu de plus près la vérité qui régit notre univers... Désormais, je serai connu sous le nom de Masque de Mort du Cancer !" lança avec désinvolture et exaltation le Chevalier d'Or.


(Ile Canon, la hutte d'Eraos...)

(Eraos) -"Je vois... Mais tu n'as pas la moindre idée de ce qui est arrivé à Angélo ?"

(Shura) -"Je n'ai aucune idée de ce qui a pu lui arriver. Il avait déjà tendance à tuer facilement, mais maintenant... C'est comme si la moindre expérience qui pouvait l'entourer de la présence de la mort le fascinait... Exactement comme Kiyoshi, mais d'une façon sanglante... En tout cas, tu devineras facilement qu'après cette expérience, quand Kiyoshi est revenu dans la réalité, en sang, à moitié mort et traumatisé par son combat... Dès qu'il s'est remis sur pied, il a fugué et a disparu... Les indicateurs du Sanctuaire l'auraient aperçu en Asie, en compagnie de plusieurs musiciens... Je suppose qu'il se sera accroché au dernier rêve qu'il lui restait... Il m'en parlait souvent, c'était comme si c'était la dernière chose qui le poussait à rester en vie... La musique."

(Eraos) -"Tu l'as fait suivre au Japon ? Ce n'était sans doute pas très judicieux... Je suis sûr qu'il a du le remarquer... S'il était si exceptionnel que tu le dis, il l'aura forcément remarqué."

(Shura) -"..."

Les poings de Shura se crispent à cet instant.

(Shura) -"Je n'ai pas de comptes à te rendre ! J'ai fait ce que j'estimais le mieux pour le Sanctuaire! Mais le fait est que tu avais eu raison sur un point : cet enfant n'était pas taillé pour être Chevalier... Son mental était bien trop faible..."

(Eraos) -"Comprends que tout le monde ne peux pas être Chevalier, Shura... Cet enfant avait déja beaucoup souffert, et tu lui en as beaucoup trop demandé."

(Shura) -"Assez discuté, je dois rentrer au Sanctuaire... Au revoir, Eraos."

(Sur l'Ile Canon, deux ans plus tard...)

-"Eh Dany! Tu viens ? Eraos veut qu'on continue l'entraînement..."

-"J'arrive!" répondit le garçon qui était en train de se laver le visage dans l'eau de la rivière près du camp d'entraînement.

Il bondit avec une agilité incroyable à la hauteur de la falaise d'où son ami l'appelait. Un saut de plusieurs mètres, une hauteur impensable pour un humain normal, mais tellement banale pour les apprentis chevaliers ici. Le climat infernal sur l'île ne semblait pas les affecter. Plusieurs ombres filèrent à une vitesse défiant l'imagination humaine, à travers un terrain hérissé de pics rocheux sous le regard d'un vieil homme. Soudain, l'aura de l'homme s'intensifia, et plusieurs rochers immenses, aisément de la taille des enfants qui slalomaient entre les pointes, s'abattirent sur eux, sans pour autant retomber, et continuant leur course, traquant les apprentis.

-"THUNDERBOLT!!!!!"

Le nom d'une attaque retentit alors, tandis que des dizaines de jets de lumière partirent du poing d'un des apprentis, fracassant les rochers le poursuivant. La lumière révéla le visage de Daniel, semblant nettement plus vieux que ses 9 ans. L'entraînement avait développé et formé son corps. Il n'eut pas l'occasion de souffler néanmoins. Deux rochers fonçaient sur lui, l'un devant lui, l'autre derrière. Néanmoins il esquiva d'un bond agile et majestueux, tandis que les deux rochers se fracassaient mutuellement, avant d'inverser son impulsion et de se retourner en plein vol, le poing droit auréolé d'une puissante lumière. "THUNDERBLAST!!!!!"

La boule d'énergie libérée par le poing de l'enfant frappa de plein fouet le rocher, le réduisant instantanément en cendres, et provoquant un cratère béant dans le sol. Les apprentis autour de Daniel étaient médusés, néanmoins l'attaque ne s'arrêta pas là. Il restait un dernier rocher à détruire. Le poing de l'enfant était profondément dans le sol, comme piégé, mais il n'en était rien. Comme pour répondre à l'interrogation visible sur tous les visages, une boule d'énergie ressortit du sol sous le dernier rocher qui allait frapper l'enfant, le pulvérisant en un instant avant de disparaître dans le ciel.

-"Dany, vas y un peu moins fort la prochaine fois! T'as détruit à toi tout seul tous les rochers!" fit un des apprentis déçu de n'avoir pas eu l'occasion de montrer sa force

(Dany) -"Excuse-moi, mais j'ai pas pu résister à la tentation de tous me les faire d'un coup! Haha..."

-"T'es peut-être le plus balèze de nous tous ici, ça te donne pas tous les droits..." dit un autre en plaisantant

(Eraos) -"Ca suffit! Vous aurez d'autres occasions de montrer vos talents... Après tout Dany vient de me fournir ce qu'il manquait pour la prochaine épreuve..." dit-il avec un sourire bienveillant et paternel.

-"Après la force, la vitesse, c'est ça, Maître ?"

Comme pour répondre au jeune garçon, les morceaux des immenses rochers détruits par Dany se soulevèrent avant de foncer sur les apprentis à une vitesse hallucinante, aussi meurtriers qu'une volée de balles tirées par une arme à feu, et revenant à la charge tel un boomerang.

(Eraos) -"Tout à fait!"


(Le lendemain... Au cours d'une séance d'entraînement...)

(Eraos) -"Je ne sais pas ce que vous venez faire ici, porteurs de mort, mais je vous conseille vivement de fuir... Les Chevaliers Noirs ne sont pas de taille à se mesurer à moi..."

(...) -"Tu parles, vieillard... Tu ne ferais pas peur à un Chevalier de Bronze à ton âge!" répondit l'un des hommes vêtus d'une armure noire comme la nuit.

-"Ce sont... des Chevaliers Noirs ?" demanda un apprenti inquiet.

(Eraos) -"Oui... Ces guerriers sont supposés être emprisonnés sur l'Ile de la Mort... Je ne sais pas ce qu'ils font ici..."

(...) -"Cela ne vous regarde en rien..."

(Eraos) -"Allez-vous en, je vais m'occuper de lui et de ses hommes..." dit-il à ses élèves, qui partirent sans demander leur reste.

Dany, néanmoins, resta derrière un rocher à observer le combat.

-"Dany, reste pas ici, tu vas te faire tuer!"

(Dany) -"T'en fais pas pour moi, je sais ce que je fais! T'as pas envie de voir le combat ?"

-"Non, cette fois c'est vraiment sérieux! Maître Eraos va se battre en utilisant toutes ses forces!"

Pendant ce temps, le combat entre le Chevalier Noir et l'ancien Chevalier allait commencer.

Les cinq Chevaliers noirs foncèrent sur Eraos, qui disparut soudainement. Une douleur foudroyante. Voila la sensation qui parcourt les Chevaliers Noirs tandis qu'Eraos réapparaît derrière eux.

(Eraos) -"Votre vitesse laisse à désirer... Et vous dites que c'est vous qui me mettrez en terre ?"

Néanmoins, l'inquiétude peut se lire dans le regard du vieillard.

(Eraos) -"C'est mal... engagé pour moi... Je... suis déja... essouflé... après ces cinq coups... Je ne tiendrai pas assez longtemps..."

(...) -"Pas mal, mais désolé, tu ne me toucheras même pas, vieillard..." répondit le meneur du groupe, vêtu d'une Armure Noire de Céphée.

(Eraos) -"Je n'en serais pas si sûr... "CEPHUS THUNDERSTORM!!!!""

L'ancien Chevalier d'Argent concentra une aura bleutée dans ses mains, formant une tornade d'une violence incroyable. Cinq Chevaliers Noirs furent entraînés dans le rayon d'action de la tornade, qui se libéra des mains de son créateur, foudroyant ses proies sans aucune pitié. Cinq cadavres retombèrent au sol, couverts de lambeaux d'armures noires. Le Chevalier Noir restant n'était néanmoins pas impressionné. Eraos était en sueur, et plia un genou.

(...) -"Impressionnant... Tu as encore une certaine force pour ton âge... Mais tu as épuisé toute ta puissance dans cette technique. C'est dommage, mais tu vas mourir! "PAR LE METEORE NOIR!!!!""

Des centaines de coups sombres qui partent du poing du Chevalier Noir. Un corps non protégé qui encaisse coup sur coup, s'effondrant au sol dans une mare de sang.

(...) -"Cet homme a tué 5 Chevaliers Noirs d'un coup... Pas trop mal pour un vieillard... Assez joué comme ça, il faut que je réussisse à prévenir les autres sur l'Ile de la Mort de ce qui se passe au Sanctuaire..."


Dany, horrifié, avait assisté à la scène sans pouvoir intervenir. Il accourut vers son maître agonisant.

(Dany) -"Maître! Tenez-bon! Nous allons pouvoir vous soigner!"

(Eraos) -"Non... C'est inutile... Le coup de cet homme... va m'achever... Ses poings... vont détruire mon corps... de l'intérieur..."

(Dany) -"Non! Restez avec nous!" dit-il en larmes

(Eraos) -"Tu... dois poursuivre... ton entraînement... Le Chevalier Shun... d'Andromède... le disciple de... Daidalos... sur l'Ile d'Andromède... Il continuera... ta formation et celle des autres... Je... sais que... tu deviendras... un Chevalier... parmi... les plus puissants..."

Les autres apprentis accoururent, et virent Eraos rendre son dernier souffle, tandis que Daniel hurlait de rage, contre l'assassin de son maître.